Une nouvelle histoire

 

Sauve qui peut !

 

Voyez comme le chantier l'occupe intensément.
Il transporte de gros galets plats qui forment le contrefort.

Certes il ne va pas loin, le matériau provient de ruines proches. Mais le chemin est ardu, les pieds s'enfoncent, il faut lever haut les genoux, la charge est lourde.

cathdralePeu à peu, s'élèvent les murs, après les fondations robustes.

Il sue, il transpire, les gouttes s'écoulent sur ses tempes, le long de son dos.

Peu importe, il faut que l'édifice soit monté, inébranlable, pour résister au danger annoncé, afin qu'il soit à l'abri, bien au sec, face au cataclysme inéluctable.

 

Il ne sent pas la fatigue de ses jambes, ni la brûlure du soleil sur son dos et ses épaules. Toute son énergie est tendue vers sa survie.

Ses outils trop fragiles sont brisés depuis longtemps, et  il se sert maintenant de ses mains nues pour bâtir, de ses pieds et de ses genoux pour tasser.
Le rempart prend forme, il s'élève, massif, solide, imprenable.

 

Tout à son ouvrage, il n'entend pas la foule qui l'entoure, qui s'agite autour de lui, toute la vie qui grouille près de son chantier. Il est seul et entend bien le rester. Parfois il est obligé de repousser les offres des jaloux qui voudraient bien participer à cette œuvre salvatrice. Non, c'est à moi, à moi tout seul !

 

De temps à autre, il jette un coup d'œil sur le ressac et, rassuré, se remet vivement à l'ouvrage.

Le temps est compté, il ne faut pas se laisser distraire.

 

Puis il aménage une entrée somptueuse du côté Est, car l'ennemi ne viendra pas par là... à moins d'être encerclé. Ah ! quelle étourderie ! Non, pas de porte ! Il éboule le seuil majestueux et élabore un passage discret suffisamment haut pour ralentir l'ennemi.

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Le temps presse. A l'oreille, il sent que le péril est proche. Il s'affaire, se démène. La sueur et la poussière piquent les yeux, la peau brûle, les muscles sont douloureux, l'épuisement est proche.

 

Autour du chantier, la foule reflue, l'exode commence. Mais lui, imperturbable, sans laisser la panique le gagner, fignole, remonte un pan , rajoute un peu de matériaux, tasse, lisse, polit, peaufine.

 

Enfin, satisfait, les mains sur les hanches, il se campe au centre de l'espace, et jette un long regard  circulaire sur son œuvre.

 

Puis il s'en va recouvrer près de là son balluchon, s'assied sur son banc de pierre, fouille, et dépose solennellement sur le galet-table, deux Pépitos et une canette de soda.

 

Alors, l'œil dominateur, il défie les vagues déferlantes qui commencent a lécher la base de son château de sable.

 

A.B. 

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