Le Palais des Mots

Voici les histoires écrites et contées par Isabelle et Sylviane durant les animations de Lire en Fête

"Des Pierres Folles à l’Océan"  

Martin le charpentier de marine nettoie et balaye son atelier. Ça y est il est enfin arrivé au terme de son travail et dans le chantier naval propre et rangé, il contemple son œuvre. Demain, la « Fradette », superbe chaloupe noirmoutrine, un bateau traditionnel du Pays de Retz, sera lancée sur la mer. Elle sera enfin sur l’eau, prête à voguer vers les îles voisines, l’Ile d’Yeu, Belle Ile.

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Martin pose son balai, tend sa main et la laisse courir sur les bordages. Il fait le tour de la « Fradette », quand soudain il sent un léger frémissement. Il retire sa main, la repose, la « Fradette » frissonne sous la caresse :
Quel bonheur d’avoir été si amoureusement construite ! Quelle merveille de voir que le pauvre chêne malade que j’étais a été si bien employé !
Martin, retire de nouveau sa main, cherche partout qui a bien pu parler. Il est pourtant bien sûr d’être seul dans son atelier, tous ses compagnons charpentiers étant débauchés.
- Non ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas le bateau qui parle ?
Mais si, c’est moi….je vais t’expliquer…n’aie pas peur !
Martin recule, tout de même effrayé. Voilà plus de vingt ans qu’il construit des bateaux en bois, c’est bien la première fois que l’un d’entre eux lui parle !

altJe suis l’esprit du chêne que tu as employé pour fabriquer la « Fradette ». Cet arbre sacré, a été abattu dans une forêt druidique, aux « Pierres Folles », à Commequiers. Il était enraciné près d’un dolmen. Ce chêne, c’est rare, abritait un gui et les druides qui le cueillaient avec leur serpe d’or lui accordaient une très grande valeur.  Le bûcheron est venu m’abattre car j’étais malade et cela risquait de gâter mon bois. Il a coupé mon tronc, il m’a apporté à la scierie où on m’a débité en planches. Après plusieurs mois de séchage tu es venu choisir le bois de la « Fradette » et tu es reparti avec moi.
- Incroyable ! C’est incroyable ! 
Tu sais, au fond de ma forêt, je savais qu’un jour le bûcheron viendrait pour moi, comme il est venu pour les autres vieux arbres qui vivaient autour de moi. J’ai toujours rêvé de l’océan, de devenir un bateau… Nous les arbres nous ne bougeons pas. Et voilà que tu as fait de moi la plus belle des chaloupes, prête pour les plus beaux voyages en mer.
- Oui, demain tu partiras en mer, je ne te verrai pas souvent au port.
Il te reste quelques chutes de mon bois ?
- Oui bien sûr, il est difficile de ne rien laisser sur une planche, mais ton bois est si beau que j’ai gardé tous les altmorceaux…..
Très bien, si tu en fais quelque chose avec autant d’amour que pour cette chaloupe, mon esprit viendra loger dans ton œuvre et je pourrai encore te parler. Alors je te raconterai les secrets de la forêt, mais aussi les voyages de la « Fradette ».
Martin ramasse pensivement quelques morceaux de chêne restés par terre.
Je voudrais aussi te faire un autre cadeau, vas dans la forêt de Pierre Folle, et cherche la souche du grand chêne que j’étais. Va t’asseoir dessus et attends…

Quelques jours plus tard, Martin est dans la forêt de Pierres Folles, il a trouvé l’énorme souche et il s’est assis dessus pour attendre.
Après un bon moment, il entend quelqu’un dire :
- Bonjour Martin !
C’est un farfadet qui sortant d’un trou sous la souche, surgit entre ses pieds.
alt- Bonjour, lui répond Martin tout surpris.
- Je suis le messager des Arbres de la forêt. J’ai été averti que tu as été choisi pour assurer la continuité de la vie de cet arbre. Voici les fruits du chêne sacré, les glands que j’ai ramassés cet automne.
Et le farfadet tend ses mains pleines de glands :
- Prends-les, et répands-les autour de chez toi, ils germeront et donneront à leur tour des chênes altexceptionnels.

Martin est rentré chez lui, il a planté les glands. Puis il s’est mis, à ses heures perdues, à fabriquer une maquette de la « Fradette » avec les restes du grand chêne. Après bien des heures de travail, la miniature du bateau terminée a été posée dans un coin de l’atelier. altParfois on peut voir Martin s’approcher, caresser le petit bordage et marmonner près de sa maquette, je crois bien qu’il lui parle. Il va souvent marcher dans le petit bois de chênes, qui a mystérieusement poussé en quelques saisons, derrière le chantier naval, à l’abri des curieux qui pourraient s’étonner de pareil phénomène ! Si on est très attentif on peut voir que les branches basses se penchent à son passage, comme pour une tendre caresse. Martin trouve toujours dans ce lieu la paix et l’harmonie.

 

Et la « Fradette » ? Elle navigue, son propriétaire est très content, elle est si solide qu’il n’y a presque jamais de réparation à faire dessus. Et par gros temps, les vagues et la tempête semblent s’apaiser autour d’elle, elle est un peu magique la « Fradette » non ?

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Après le joli conte d’Isabelle, Sylviane prend la parole :

"Et bien moi, je vais vous raconter une aventure qui m’est arrivée.
J’étais un jour dans ma barcasse à rêver, plutôt qu’à pêcher, quand j’ai entendu une drôle de petite voix qui m’appelait :
" Joseph, Joseph, viens voir, j’ai quelque chose à te montrer…" 
C’était un étrange petit poisson volant comme j’en ai vu bien des fois à la proue des navires quand je naviguais dans les mers lointaines. 
Curieux, je l’ai suivi, il m’a entraîné un peu plus loin, dans une crique au creux des rochers et il a prononcé une phrase bizarre : 
"Chef, voici Joseph qui entre dans la nef, que prenne la greffe "
 et nous sommes rentrés tous les deux dans une sorte de grotte et alors là ma petiote, j’ai eu les chocottes….
 
Il y avait à l’intérieur une grande maison, séparée par des cloisons, ressemblant à une prison….
 
Sur les portes, des noms : Jules, Camille, Augustin, Isabelle, Patrice, Capucine et bien d’autres encore perdus dans le décor d’un très long corridor.
La première cellule était celle de Jules.
J’y entre sans préambule.
Il était fort comme un hercule,
avait les yeux comme des globules
et frisait le ridicule.
Ici pas de libellules,
mais plutôt des tarentules,
et des bidules qui gesticulent.
Dans une capsule,
une minuscule campanule
se désarticule pour rejoindre la renoncule.
On me bouscule,
je bascule,
doucement je me recule
et je circule vers le vestibule.

Je vais ensuite dans la bastille de la gentille Camille.
Elle se maquille avec une brindille,
s’habille d’espadrilles et porte une mantille.
Ici tout scintille et cela m’émoustille.
Mes pupilles s’écarquillent
en voyant les jonquilles qui frétillent
et les myrtilles qui s’entortillent.
Une bille roupille,
une cédille babille avec une pastille
mais voilà Camille qui me houspille
et s’égosille pour une peccadille,
une broutille.
Alors sans prendre ma béquille,
je sautille vers l’écoutille,
espérant retrouver ma famille

  

Mais non, car Augustin le lutin
m’a atteint et je dois écouter son baratin.
C’est une histoire de pantin qui faisait un festin assis sur un strapontin en rotin.
Il mangeait du turbotin assaisonné avec du thym qui était, paraît-il, amer comme chicotin.
Il aurait préféré le picotin au gratin
de son ami le bouquetin.
Refusant d’entendre tout le bulletin des potins
de ce diablotin,
j’ai laissé là ce plaisantin
en filant comme un clandestin,
avant de devenir complètement crétin
.

 

C’est Isabelle toute vêtue de dentelles
qui maintenant m’interpelle
et me conduit, vers une échelle
tenue par des sauterelles
et menant à une tourelle.
Là-haut, rien de réel.
Une tourterelle joue du violoncelle,
une jouvencelle prépare dans une gamelle :
une béchamel à la cannelle et à la citronnelle,
une coccinelle appelle une hirondelle
pour jouer à la marelle
tandis qu’une mirabelle termine une aquarelle
en écoutant une ombrelle chanter une ritournelle.
Tout m’ensorcelle, heureusement une étincelle
me rappelle qu’il faut quitter ce monde virtuel
et, grâce à l’escabelle, je retrouve le rationnel.

  
Et la visite continue car Patrice crierait à l’injustice si je n’allais voir son édifice qui est une oasis en pain d’épice. Une saucisse qui a la jaunisse joue au tennis avec une écrevisse qui gagne son service. Un narcisse et un myosotis se font complices et tissent une bâtisse autour de l’hélice d’une clovisse qui ratisse des immondices. Une dessinatrice esquisse avec malice une cicatrice sur la joue de l’institutrice. Une cantatrice se fait tentatrice et me glisse une amaryllis que j’accepte comme un novice.. Mais voilà que la police et la milice envahissent la bâtisse, je me rapetisse et je me trisse…
 
Capucine habite une mezzanine.
 C’est une gamine mutine qui ressemble à Mélusine.
  Elle se dandine et danse la biguine
   avec Amandine, sa benjamine.
    Elle est câline, la coquine
     et très féminine avec sa crinoline en popeline,
      sa capeline de mousseline et ses ballerines de citadine.
       Ses yeux sont des aigues-marines
        qui me font penser à une ondine,
         elle me taquine, me fascine
           et me dessine une brigandine
            pour pêcher la sardine
             au large des Iles Grenadines.
              Mais le voyage se termine
               et une arlequine chagrine s’obstine
                à me jeter de cette cabine.
 
Me voici donc dans le couloir, très noir, et j’étais au désespoir de quitter cette histoire.
 
Toutes les lettres se bousculaient dans ma tête, essayaient de faire des mots pour jouer avec d’autres mots et j’avais le cerveau comme un tonneau. J’étais prisonnier de ce flibustier qui m’avait mystifié.
 
altTandis que je cherchais comment sortir de la grotte, un gros goéland m’interpella :
 
-        Holà Joseph, sais-tu où tu es ?
-        Dans un endroit où les mots malmènent les vieux matelots.
-        C’est le château des mots, ici ce sont eux qui commandent, même aux amiraux !
-        Que faire pour sortir de ce ghetto ?
-        Et bien choisis trois mots, et si le maître mots les trouve assez beaux, tu seras libre de regagner ton bateau
 
Sans réfléchir, j’ai dit : Immensité, horizon et tempête
 
Et c’est ainsi que je me suis retrouvé sur ma goélette en train de guetter les mouettes à la lunette.
 
Cette aventure m’a fait comprendre la richesse de notre langue et de tous ces mots que nous prononçons sans y penser. Alors Julie, malgré tous les textos, msn et autres je-ne-sais-quoi, que tu envoies ou que tu reçois dans un patois indigne de toi, essaie toutefois de respecter, parfois notre bon vieux "françois".

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