Un autre conte de Noël

 Gare au Père Noël !

images

La Maman s’était affalée sur le canapé, épuisée. Sa grossesse touchait à sa fin : d’ici quelques jours le petit benjamin enrichirait la famille de ses sourires. Mais en cet instant, elle contemplait, satisfaite, la décoration du sapin et la table magnifiquement ornée. De bonnes odeurs s’insinuaient depuis la cuisine. Les enfants l’avaient bien aidée à pétrir la pâte des sablés, à les découper, et ils cuisaient dans le four. Ils avaient aussi préparé la dinde aux marrons traditionnelle et confectionné des truffes savoureuses. La Grande et les Jumeaux étaient montés se laver et mettre les habits du dimanche, car ce soir de réveillon de Noël, les Cousins et Pépé étaient invités. Et avec Papa, elle avait préparé en grand secret le déguisement du Père Noël.

bougie

Toute la famille était prête et attendait les invités. On avait mis sur le tourne-disque les chants de Noël traditionnels que Pépé aimait. Jacques Lantier chevrotait les airs connus et chacun fredonnait. Maman tressait les cheveux de la Grande, les Jumeaux faisaient la course de moutons dans la crèche. Papa commença à allumer les bougies. On avait bien fait la leçon aux Jumeaux, qui ne devaient pas s’approcher du sapin. Seule la Grande avait la droit, la veinarde, d’aider Papa et de gratter les allumettes. Les Jumeaux, yeux écarquillés, contemplaient la magie de l’illumination, toutes ces petites étoiles qui scintillaient dans la pièce dont on avait éteint le lustre, et se reflétaient en myriades de lucioles sur les boules de verre coloré.

On toqua à la porte. Pépé et les Cousins : le Cousin, la Cousine et leurs deux petits maigrichons, arrivèrent de concert. Les Jumeaux et les deux petits Cousins s’entendaient bien pour mettre de l’ambiance et les adultes devaient monter le ton pour s’entendre. Cette année on n’irait pas à la messe de minuit parce que Maman était trop fatiguée, et il avait été décidé que les cadeaux seraient distribués avant le repas pour que les enfants puissent se coucher pas trop tardivement.

Chacun était installé, on avait trinqué, on parlait de choses qui ne fâchent pas, les enfants se disputaient gentiment. A un moment, Papa avait disparu et Pépé aussi. La Grande s’inquiéta :

– Mais où sont Papa et Pépé ?

– Oh, Papa a dû aller chercher une bouteille à la cave, et Pépé est sans doute dans le jardin, tu le connais, il faut toujours qu’il se soulage sur le tas de compost.

Tout le monde se mit à rire, les Jumeaux en forçant le son, les Cousins riaient un peu jaune, leurs fils maigrichons ricanaient sans comprendre, mais la Maman, elle, riait de bon cœur. Elle était confortablement installée dans les coussins, le petit benjamin ne bougeait pas trop, c’était la fête pour tous, les petits allaient être ravis de leurs costume pere noel cadeaux, c’était Noël.

Le Père Noël apparut sans qu’on l’ait entendu arriver. Il s’avança sur le pas de la porte et prononça d’une voix sourde :

– Bonsoir M’sieurs Dames.

La Grande avait été mise dans le secret, elle avait promis de ne rien révéler aux jumeaux, mais elle fut tellement surprise qu’elle s’exclama :

– C’est Papa ! et se précipita pour tirer la grande barbe blanche qui s’effrangeait sur la houppelande rouge.

– Ça ne va pas ! gronda le Père Noël et d’une gifle sonore il envoya la gamine rouler sur le canapé.

 

La Grande alla se pelotonner en chouinant dans les bras de Maman, qui regardait consternée ce Père Noël qui n’était pas vêtu des habits qu’elle avait eu tant de mal à coudre. Les deux jumeaux, le plus blond et le plus roux, se tenaient la main, s’agrippaient l’un à l’autre, bouche et yeux arrondis. Les cousins ne comprenaient rien à ce qui se passait, car après avoir applaudi l’arrivée du papa Noël, l’ambiance avait quelque peu changé. L’homme en rouge se massait le menton.

– Qu’est-ce qui te prend à tirer ma barbe ? Tu m’as fait mal !

La Maman avait repris ses esprits :

– Mais Papa, ce n’est pas une raison pour taper la Grande ?

– Bon, bon, reprit le Père Noël d’une voix caverneuse. On va pas faire le réveillon là-dessus. D’ailleurs ça sent drôlement bon chez vous.

– Bref, le coupa le plus roux des jumeaux, qui était aussi le plus intrépide. Tu as nos cadeaux ?

– Eh bien non, mon garçon. Figure-toi que ce n’est pas moi qui distribue les cadeaux, c’est vous qui allez m’en faire. Un petit cadeau, M’sieurs Dames, pour un pauvre Père Noël ?Père Noël

La Maman se demandait bien si les hommes allaient enfin arriver pour fiche à la porte ce malotru.

– Mais comment êtes-vous entré ?

– J’ai toqué, Madame, fit-il d’un ton vexé. Vous faisiez tant de bruit que vous n’avez pas entendu. Mais la porte était entr’ouverte, je n’ai eu qu’à la pousser, et me voilà !

Il ébaucha une petite pirouette. Les Jumeaux pouffèrent. La Grande leur fila une tape pour qu’ils se taisent. Puis elle les empoigna et les fit passer derrière le canapé. « Tenez-vous tranquilles, ne bougez pas d’ici » leur intima-t-elle. Pendant ce temps les Cousins s’étaient rassemblés dans l’encoignure de la fenêtre, enserrant dans leurs bras leurs gamins maigrichons pour les protéger.

– Allons, reprit l’intrus d’une voix adoucie, n’ayez pas peur, je ne suis pas venu vous faire de mal, juste vous…

A cet instant, Pépé fit irruption derrière lui, tenant une pelle levée, prêt à l’abattre. Mais l’homme avait perçu le mouvement, il se retourna brusquement et d’un geste aplatit la pelle sur le visage du pépé qui s’effondra sur les marches de l’escalier en faisant :

– Ouf !

– Au secours ! Hurla la Grande.

– Non ! Cria la maman en se redressant.

– Ça va pas ? Osa le Cousin.

– Papa ! Papa ! Brailla le plus roux des Jumeaux, tandis que le plus blond, tapi sous le canapé, se bouchait les deux oreilles de ses mains.

Le Père Noël fit un pas en avant et explosa :

– Taisez-vous ! Arrêtez de beugler comme ça ! Un peu de respect pour un pauvre vieillard obligé de …

Il n’acheva pas sa phrase. Le Cousin avait empoigné un bougeoir qui se trouvait là et l’avait envoyé de toutes ses forces vers le malotru. Ratant son but, le lourd objet fit éclater avec fracas la porte de verre du salon, projetant alentour, dans un déferlement de clochettes, une myriade de projectiles étincelants et tranchants.

La Grande profita de la surprise pour se précipiter, elle agrippa le bras du bonhomme, remonta prestement sa manche et mordit de toutes ses forces dans la carne. D’un geste brusque le manant projeta à nouveau la gamine, qui atterrit dans le verre brisé et se mit à hurler.

Mais un autre Père Noël déboucha à cet instant de l’escalier de la cave. Il avait le visage tuméfié. Il tenait dans ses mains un fer à repasser qu’il projeta violemment à la tête du malappris. L’homme trébucha sur la table basse et s’affala lourdement sur le sapin.

feu-de-sapin-de-noel-Les petites bougies tressaillirent, palpitèrent, les aiguilles de pin commencèrent à grésiller et le sapin s’embrasa rapidement dans un crépitement de flammes avides. Pétrifié, chacun regardait le feu se propager à folle allure. Papa se précipita vers le canapé, tira violemment le plaid, et Maman et la Grande s’écroulèrent à terre. Il jeta la couverture sur le feu et piétina jusqu’à ce que les flammes s’épuisent. Une fumée âcre et noire avait envahi la pièce. On toussait, on suffoquait. Le Cousin eu la bonne idée d’ouvrir la fenêtre dans une telle hâte que les rideaux furent arrachés.

 

La hotte du Père Noël s’était vidée sur le tapis. Quelques pièces de 1 ou 2 €, quelques boules de chocolat et une mandarine avaient roulé sur le tapis. Un petit ours en peluche restait accroché à l’osier.

Chacun restait hébété, ahuri, incrédule. La Maman s’écria :

– Mais où étais-tu Papa ? Tu es blessé ! Il t’a frappé ?

– Non, non, je suis tombé dans l’escalier de la cave et me suis assommé tout seul.

Le Pépé apparut à son tour, titubant, le nez ensanglanté :

– Je vais téléphoner à la Police.

Une voix assourdie émergea alors du tas rouge effondré près du sapin calciné.

– Non, non ! Pas la Police !

L’homme se redressa sur un coude, se frottant le crâne.

– Je vais vous expliquer, je ne vous veux pas de mal. Dites donc, dit-il à Papa en frottant sa bosse, vous n’y êtes pas allé de main morte !

– Vous non plus ! Gronda Pépé, vous avez vu mon nez ?

– Pardon, pardon, j’ai été un peu vif… C’est un accident !

pn noirci

– Mais qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Le coupa Papa, exaspéré.

– Je ne suis qu’un pauvre bougre, qui voulait passer dans les maisons demander une petite pièce, une petite douceur… J’ai fait le Père Noël au Centre commercial, ça m’a donné l’idée…

Le plus blond des jumeaux était sorti de sa cachette et s’approcha de la hotte.

– Mais il n’y a rien là-dedans ! Qu’un ours en peluche !

L’homme à la grande barbe blanche s’assit sur son derrière. Il prit l’ourson dans ses mains.

– Oui, c’est Michka.

 

La Maman, contemplait d’un air atterré, anéanti, le désastre de son salon, le papier peint noirci, les carreaux brisés, les rideaux arrachés. Soudain, elle cramponna son ventre en criant :

– Je perds les eaux sur le canapé ! Papa, le petit benjamin arrive !

Dans le branle-bas qui suivit, une petite voix fusa, à laquelle personne ne répondit. C’était le plus roux des jumeaux, le plus intrépide aussi, qui s’inquiétait :

– Et les cadeaux ? On a deux pères Noël, et pas de cadeaux ?

Papa, tout énervé, courait de haut en bas dans la maison pour réunir la petite et la grande valise, le manteau, les chaussures et le sac à main de Maman, et les voilà partis vers la délivrance sans que Papa ait eu l’idée d’ôter sa pelisse rouge bordée de blanches plumes d’autruche.


pn enfantDurant tout ce branle-bas, le faux Père Noël avait attiré les enfants près de lui :

– Connaissez-vous l’histoire de Michka ? Voulez-vous que je vous la raconte ?<

– Ben oui, avaient répondu les bambins, qui s’assirent autour de lui sur un coin de tapis sans éclats de verre.

michka hier

Et le vieil homme avait raconté la jolie histoire du petit ourson qui s’en va dans la neige pour fuir la petite fille capricieuse.[1] Et il la termina en disant :

– Ce petit ourson-là, un petit garçon me l’a donné. J’y tiens beaucoup.

Même Pépé, qui avait écouté l’air de rien, en fut ému, mais il n’était pas question que l’on s’en aperçût. Maintenant que le calme était revenu dans la maison, il prit la direction des opérations.

– On va mettre le couvert à la cuisine et manger toutes les bonnes choses que Maman, et vous, les enfants, avez préparées. Monsieur le Père Noël, vous êtes évidemment invité puisque vous êtes là. Quant aux cadeaux… Vous croyez qu’il y a des cadeaux, les enfants ?

– Oui !  Oui ! Oui ! Oui ! Oui !

– Ah alors, voilà ce que je vous propose : Si on attendait le retour de Papa pour que le Père Noël distribue les surprises ? Il va arriver, votre Papa, avec le plus beau des cadeaux : il va nous annoncer une grande nouvelle, une bonne nouvelle : «Un enfant nous est né, un fils nous est donné…»[2]

11530404-mere-et-l-39-icone-de-bebe-vecteur-de-femme-enfant-famille-dessin-au-trait-croquis-silhouette

 

Ne craignez plus l'incendie le soir de Noël,

procurez-vous nos guirlandes électriques LUMINOEL,

pour illuminer sans crainte 
toutes vos réceptions et vos repas de fêtes. 
LUMINOEL
c'est la lumière, la couleur, la joie sans soucis !

                Joyeux Noël, Joyeuses Fêtes !

 

…………………………………………………………………………………

 

Michka

Michka s’en allait dans la neige en tapant des talons. Il était parti de chez lui, ce matin-là, comme le jour commençait de blanchir la fenêtre ; de chez lui, c’est-à-dire de la maison d’Elisabeth, sa jeune maîtresse, qui était une petite fille impérieuse et maussade.

Lui, c’était un petit ours.

En peluche.

Avec le dessous des pattes en velours rose, deux boutons de bottine à la place des yeux, trois points de laine à la place du nez.

En se réveillant, il s’était senti tout triste et dégoûté. Elisabeth n’était pas gentille ; il lui fallait vingt-cinq joujoux à la fois pour l’amuser et, quand on avait cessé de lui plaire, il n’était pas rare qu’elle vous secouât et vous jetât d’un bout à l’autre de la pièce ; tant pis s’il lui restait une de vos pattes dans la main…

____________________________________________________________

[1] Album du Père Castor, Conte de Marie Colmont.

[2] Ancien testament, (Esaïe 9 :5-6)


lien facebook

lien-vers-fb