les histoires

poussiere d etoiles

 

A la toute fin de l’été dernier, dans la ruche du petit bois, une effervescence inhabituelle s’est déclenchée. Les butineuses avaient tellement travaillé, la reine avait tant pondu, que la ruche était pleine à craquer.

Alors il se passa, bien tardivement en saison, ce qui aurait dû arriver au printemps, un essaim se forma. Une grande agitation anima le sous-bois, la vieille reine et une nuée d’abeilles tournoyèrent longuement dans la clairière, puis s’éloignèrent dans le bleu du ciel, regroupées en une multitude bourdonnante, vers un improbable gîte.

 départ dessaim

Après avoir volé quelques temps, la reine, épuisée, se laissa choir dans un buisson et l’essaim s’agglutina autour d’elle dans les tiges piquantes d’un roncier. Les aventurières parties en reconnaissance revenaient sans avoir trouvé de havre pour la colonie. Deux fois encore la reine exténuée dut s’arrêter au cours de ce vol chaotique à la recherche d’un refuge. Enfin quelques éclaireuses apparurent, joyeuses et excitées d’avoir trouvé une cavité suffisamment spacieuse pour les héberger, dans les vieilles pierres d’un château moyenâgeux.

 La colonie se regroupa. Les cirières aussitôt s‘activèrent à bâtir des alvéoles pour que la reine recommence inlassablement à pondre, malgré la saison tardive. Les avettes, à tour de rôle, régurgitaient le miel qu’elles avaient stocké, pour nourrir leur reine courageuse. Elles se rassemblaient autour de la maman afin de maintenir la chaleur du couvain. L’essaim aventureux reprenait ses activités, les butineuses prospectaient leur nouveau territoire en quête de nectar et de pollen, plus rares en fin d’été qu’au printemps radieux, les gros mâles s’en allaient quérir l’eau de la rosée, les gardiennes montaient la garde.

Ainsi passèrent quelques mois. Les cellules de cire claire s’étaient remplies de miel en prévision de l’hiver. Les premiers frimas regroupèrent jeunes et vieilles autour de leur reine, resserrées sur les brèches en un essaim compact et chaleureux. Les abeilles étaient prêtes à laisser passer la froidure, à attendre les beaux jours.

 

Il advint qu’une nuit les gardiennes alertées se glissèrent jusqu’au cœur de la grappe pour informer la reine que des humains s’étaient installés juste à l’aplomb de leur gîte, sous une voûte moussue. La reine les apaisa :

– Observez-les, mais laissez-les tranquilles. Si jamais ils se montraient agressifs, alors vous attaqueriez.

Au bout de quelques instants, les sentinelles revinrent apporter plus amples informations :

– Ils sont trois, ils ont une charrette comme il y en a devant le U Express. Dedans, ils ont tassé du foin et un petit d’homme y est couché, enveloppé d’une couverture.

– Quelle histoire ! s’écria la reine, intriguée. Elle connaissait les hommes, du moins l’un d’eux, celui qui s’occupait de sa ruche, autrefois. Elle savait qu’ils ont aussi des mères, les humains, et du couvain également. Se pouvait-il qu’un aussi petit essaim d’hommes soit venu s’installer ici, dans les murs délabrés d’un antique château en ruines, en plein hiver ?

Préoccupée, elle s’approcha de la lisière du nid et entendit ces quelques mots murmurés qui s’élevaient dans le souffle glacé de la bise :

– Tu sais, Joseph, j’ai froid, j’ai faim, je n’ai plus de lait pour l’enfant. Si nous allions le déposer sur les marches de l’église ? Le soir de Noël, il y aura bien quelque bonne âme qui le prendra, s’en occupera, l’aimera ?

Joseph n’avait pas répondu.
 

 La reine des abeilles fut saisie d’une intense émotion. Elle avait entendu, sur les ondes qui volent partout et qui perturbent les abeilles butineuses, elle en avait entendu en boucle, de ces informations de mères qui maltraitent, abandonnent ou laissent mourir leurs enfants. A chaque fois, elle, la Mère par excellence, en était perturbée et meurtrie. Comment une femme dont le plus grand bonheur est d’enfanter, peut-elle agir de la sorte ? Par désespoir, par misère, par bêtise, par égoïsme ? Par pauvreté et abandon, sans aucun doute, pour la petite maman qui pleurait, là.

Alors la Reine ordonna avec douceur :

– Mes poulettes, découpez donc les brèches de nos réserves, et apportez-les à ces pauvres gens qui ont faim.

Aussitôt les abeilles intendantes s’insurgèrent âprement :

– Majesté, on ne vous a pas dit que nous n’avons presque plus de nourriture ? A peine de quoi tenir quelques semaines si le froid persiste et si les bourgeons de saule et de cornouiller ne s’épanouissent pas bientôt…

Que faire ? La Reine leva les yeux vers le ciel noir où scintillait une myriade d’étoiles. Et la solution l’éblouit. Elle héla ses abeilles qui se regroupèrent autour d’elle.

– Mes filles, nous allons aider cette petite famille. Vous voyez les étoiles du ciel, vous voyez ces multitudes de fleurs qui tapissent le firmament, eh bien vous allez les butiner, et rapporter de quoi les nourrir, et nous aussi. Je sais, vous aurez froid, certaines ne reviendront pas et mon cœur se déchire. Que celles qui se sentent assez fortes partent. Les plus faibles resteront réchauffer la ruche. Allez, mes belles, je vous aime, allez !
 

D’abord réticentes, mais aiguillonnées par ces paroles de confiance et d’espoir, les abeilles prirent leur essor en hésitant, voletant, indécises, de-ci de-là. Puis, portées par les ondes généreuses de leur Mère, ce fut bientôt un déferlement.

Et un tourbillon de butineuses aux ailes scintillantes, tel mille éclats d’étincelles, s’éleva jusqu’au firmament récolter le nectar des étoiles.


 étoiles ange

Conte inspiré par : Léon l’enfant ourson, d’Antoine Lanciaux, Belles Histoires n° 424


La création du Cirque

 

Pendant que les parents répétaient leurs numéros, Félicien rassembla les enfants turbulents auprès de lui :
– Arrêtez de courir comme ça, vous allez vous blesser. Vous voyez bien que vous gênez vos parents. Soyez sages. Venez avec moi, je vais vous raconter l’histoire de la création du premier cirque.

cirque

C’était il y a très longtemps.

Pendant que Dieu le Père s’occupait de choses sérieuses : créer le ciel et la terre, les animaux, donner un nom à chaque chose, Petit Jésus s’ennuyait.

– Papa, je m’ennuie, je sais pas quoi faire, tu ne t’occupes même pas de moi… Tu crois que c’est marrant, ici ? Il n’y a personne pour jouer avec moi.

– Tu n’as qu’à jouer avec les anges.

– Les anges, ils sont trop sérieux, ils ne sont pas marrants.

– Dans ce cas, tu n’as qu’à apprendre ton métier de Dieu et créer, toi aussi.

– Je veux bien essayer, moi aussi.

– Mais oui, bien sûr, tu n’as qu’à créer le cirque !

– Mais c’est comment, le cirque ?boue

– Je ne sais pas, ça n’existe pas encore… Tu n’as qu’à l’inventer… Tu peux te servir de tout ce que j’ai déjà fait, et tu les ordonneras à ta façon.

– Je peux ? Tu sais, t’es un drôlement chouette papa !

Alors Petit Jésus a pris la lune, l’a posée à plat.

– Ce sera la piste, dit-il.

Il arracha deux grands mélèzes, les ébrancha.

– Ce seront les mâts, dit-il.

Il prit un petit morceau de ciel étoilé (c’est lui qui a fait le premier trou dans la couche d’ozone) :

– Ce sera la toile… Papa ! viens voir ce que j’ai fait !

– C’est bien. Laisse-moi travailler.

– Mais je ne sais plus quoi faire.

– Tu n’as qu’à prendre un peu de boue et faire comme moi, inventer des animaux.

– C’est vrai ? Je peux jouer dans la boue moi aussi ? Merci papa !

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femme sans tête 2Alors il inventa un cheval à rayures qu’on appelle le zèbre, un autre avec un très long cou, la girafe. Il inventa aussi l’ornithorynque, cet espèce de canard à poils et à quatre pattes, et aussi le Minautore, la femme sans tête et l’homme-éléphant.

– Arrête malheureux ! cria le Bon Dieu. Maintenant tu fais n’importe quoi !

Le Petit Jésus se mit à pleurer.

– Ne pleure pas, petit bonhomme, lui dit son père, radouci par les larmes de son fils. Il prit un peu de boue et inventa le clown pour le faire rire.

– Tu es drôlement fort, toi, Papa ! Fais-moi encore d’autres personnages !

Alors Dieu inventa les trapézistes, les funambules et les jongleurs.

Grégoire Horveno, conteur dans le joli bourg de Commequiers


La crèche vivantemesse minuit

Dans la nuit, les cloches sonnaient à toute volée, appelant les fidèles pour la Messe de Noël. Quelques flocons de neige virevoltaient. Les groupes emmitouflés se pressaient vers les vitraux illuminés de l’église, havre rassurant dans le froid et les ténèbres.

Monsieur le Curé avait eu l’idée cette année de faire une crèche vivante. Dans un coin de la chapelle de la Vierge, avec l’aide du sacristain et des enfants de chœur, il avait échafaudé un petit hangar recouvert de tôles moussues, dans lequel Fernand, le plus proche fermier, était venu déposer quelques bottes de paille et un bœuf, qui pour l'heure ruminait, béatement couché sur le chaume. L’âne avait été prêté par la Claudine. ll regardait de son œil doux les gens s’installer. Les enfants, excités ane et boeufet curieux,s’avançaient et lui lançaient quelques brindilles, aussitôt rabroués par leurs parents. L’orgue soudain entonna les premières notes du chant d’accueil. Cadichon, affolé, se cabra et se mit à braire avec ardeur. Hi Han ! Hi Han ! Hi Han ! Quel chahut dans l’église ! Le sacristain se précipita et eut bien du mal à calmer la bête terrifiée. L’organiste, rouspétant contre les initiatives du curé, se remit à jouer mezza voce, redoutant un nouvel esclandre. Enfin Monsieur le Curé put commencer la lecture de l’Evangile. 

« En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. »

 C’est à ce moment-là que Saint Joseph et la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus devaient se présenter. Lorsqu’ils firent irruption et s’installèrent entre le bœuf et l’âne gris, les fidèles des rangs les plus proches se mirent à murmurer, à s’interpeler, à s’apostropher et chacun dans les bancs, derrière, essayait de voir et de comprendre le motif de cette effervescence.

crèche vivante

– Mais c’est la Josette qu’ils ont pris pour faire la Vierge ! Cette dévergondée !

– Elle ne sait même pas qui est le père de son enfant !

– C’est peut-être le Saint-Esprit ?

– Quel scandale !

– Et St Joseph ! Vous avez vu qui ils ont mis en St Joseph ? Le vieux Léonard !

– Un vieux vicieux et une dépravée ! C’est honteux !

– Il fallait quelqu’un avec une barbe…

– Mais n’importe qui de propre et honnête peut se laisser pousser la barbe !

– Et venir mettre un vrai nouveau-né à côté d’un bœuf et d’un âne ! Dans la paille ! C’est scandaleux, répugnant, infâme !

– Dans la chapelle de la Vierge, en plus !

Bref, le chahut enflait, la réprobation s’exaspérait. On montrait du doigt, on invectivait, et même des injures fusèrent dans l’enceinte de la maison de Dieu.

Monsieur le Curé avait bien du mal à se faire entendre. Il saisit la sonnette de la consécration et se mit à l’agiter furieusement, ce qui ramena quelque calme dans l’assemblée. Mais on entendait encore de ci de là quelques invectives et propos insultants.

Le prêtre put enfin ouvrir la bouche. Il morigéna sévèrement son auditoire, traitant de mécréants et d’égoïstes ceux qui ne prenaient pas en pitié les plus pauvres et les moins bien lotis qu’eux. Il fulmina un moment, puis s’arrêta lorsqu’il s’aperçut que les fidèles, l’un après l’autre, puis par familles entières, quittaient le lieu saint.

– Mais attendez, pourquoi partez-vous ? Ce soir c’est la nuit de Noël où chacun ouvre son cœur et sa porte pour accueillir l’enfant Jésus, l’enfant pauvre, les déshérités et les malheureux, et vous, vous partez, vous refusez l’amour qui vous est donné, et vous refusez de donner à votre tour ?

Il restait là, le pauvre curé, les bras ballants, défait et désespéré. La jeune maman s’était recroquevillée sur son bébé pour le protéger de toute cette haine qu’on déversait sur eux. Saint Joseph avait posé sur son épaule une main protectrice qui se serait voulue rassurante, mais qui tremblait. Tout à coup le bébé se mit à hoqueter, puis ses cris fusèrent et furent répercutés longuement sous les voûtes ancestrales de la petite église.

Alors ceux qui sortaient hésitèrent. Oui, il y avait là un nouveau-né, un bébé pur et sans faute, un bébé innocent. Sa mère n’était pas vierge certes, tout le monde le savait, mais c’était une pauvre fille, qui avait été violée et violentée, et de ce fait rejetée de tous. Mais était-ce de sa faute ? Quant au St Joseph, certes il n’était pas bien propre, pas bien futé, mais pas mauvais bougre au fond, il rendait service aux uns et aux autres moyennant une soupe ou un morceau de lard. Bien sûr, on aurait préféré que ce soit le fils du charcutier ou la fille du boulanger, gens respectables sinon honnêtes, qui soient choisis, mais le curé avait raison quelque part, à Noël il faut ouvrir son cœur aux plus déshérités.

Les gens revinrent en silence, un peu honteux, dans les bancs. Le bébé maintenant tétait goulument le sein de sa mère et les femmes leur jetaient des coups d’œil envieux. Saint-Joseph, gêné, leur tournait ostensiblement le dos, et caressait les oreilles du bœuf pour ne pas montrer son trouble.

Monsieur le Curé reprit la lecture de l’Evangile.

 « Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour bergergarder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
 

Il était prévu que les bergers et leurs moutons rejoignent la crèche. Ils arrivèrent du fond
de l’église en troupeau serré, avec le chien en serre-file. Certains pensaient que tout ça n’avait pas grand-chose à voir avec une messe de minuit, et leur certitude fut confirmée que ce furent les rois mages qui défilèrent. Comme les chameaux sont rares dans nos campagnes, c’étaient deux gus sous une pelisse qui figuraient la bête exotique, ce qui provoqua des éclats de rire parmi les enfants et des protestations chez les paroissiens scandalisés. Quelqu’un cria :

– On se croirait au cirque !

Lorsque tout ce monde fut regroupé autour de la crèche, les moutons allant et venant dans les allées, le prêtre reprit :

 « Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! »

 L’orgue entonna un Alleluia joyeux que l’assemblée reprit, d’abord avec réticence, puis avec de plus en plus d’ardeur, tant il est vrai que les pleurs d’un petit enfant peuvent changer les cœurs les plus endurcis.

creche avec moutons

 


 Gare au Père Noël !

images

La Maman s’était affalée sur le canapé, épuisée. Sa grossesse touchait à sa fin : d’ici quelques jours le petit benjamin enrichirait la famille de ses sourires. Mais en cet instant, elle contemplait, satisfaite, la décoration du sapin et la table magnifiquement ornée. De bonnes odeurs s’insinuaient depuis la cuisine. Les enfants l’avaient bien aidée à pétrir la pâte des sablés, à les découper, et ils cuisaient dans le four. Ils avaient aussi préparé la dinde aux marrons traditionnelle et confectionné des truffes savoureuses. La Grande et les Jumeaux étaient montés se laver et mettre les habits du dimanche, car ce soir de réveillon de Noël, les Cousins et Pépé étaient invités. Et avec Papa, elle avait préparé en grand secret le déguisement du Père Noël.

bougie

Toute la famille était prête et attendait les invités. On avait mis sur le tourne-disque les chants de Noël traditionnels que Pépé aimait. Jacques Lantier chevrotait les airs connus et chacun fredonnait. Maman tressait les cheveux de la Grande, les Jumeaux faisaient la course de moutons dans la crèche. Papa commença à allumer les bougies. On avait bien fait la leçon aux Jumeaux, qui ne devaient pas s’approcher du sapin. Seule la Grande avait la droit, la veinarde, d’aider Papa et de gratter les allumettes. Les Jumeaux, yeux écarquillés, contemplaient la magie de l’illumination, toutes ces petites étoiles qui scintillaient dans la pièce dont on avait éteint le lustre, et se reflétaient en myriades de lucioles sur les boules de verre coloré.

On toqua à la porte. Pépé et les Cousins : le Cousin, la Cousine et leurs deux petits maigrichons, arrivèrent de concert. Les Jumeaux et les deux petits Cousins s’entendaient bien pour mettre de l’ambiance et les adultes devaient monter le ton pour s’entendre. Cette année on n’irait pas à la messe de minuit parce que Maman était trop fatiguée, et il avait été décidé que les cadeaux seraient distribués avant le repas pour que les enfants puissent se coucher pas trop tardivement.

Chacun était installé, on avait trinqué, on parlait de choses qui ne fâchent pas, les enfants se disputaient gentiment. A un moment, Papa avait disparu et Pépé aussi. La Grande s’inquiéta :

– Mais où sont Papa et Pépé ?

– Oh, Papa a dû aller chercher une bouteille à la cave, et Pépé est sans doute dans le jardin, tu le connais, il faut toujours qu’il se soulage sur le tas de compost.

Tout le monde se mit à rire, les Jumeaux en forçant le son, les Cousins riaient un peu jaune, leurs fils maigrichons ricanaient sans comprendre, mais la Maman, elle, riait de bon cœur. Elle était confortablement installée dans les coussins, le petit benjamin ne bougeait pas trop, c’était la fête pour tous, les petits allaient être ravis de leurs costume pere noel cadeaux, c’était Noël.

Le Père Noël apparut sans qu’on l’ait entendu arriver. Il s’avança sur le pas de la porte et prononça d’une voix sourde :

– Bonsoir M’sieurs Dames.

La Grande avait été mise dans le secret, elle avait promis de ne rien révéler aux jumeaux, mais elle fut tellement surprise qu’elle s’exclama :

– C’est Papa ! et se précipita pour tirer la grande barbe blanche qui s’effrangeait sur la houppelande rouge.

– Ça ne va pas ! gronda le Père Noël et d’une gifle sonore il envoya la gamine rouler sur le canapé.

 

La Grande alla se pelotonner en chouinant dans les bras de Maman, qui regardait consternée ce Père Noël qui n’était pas vêtu des habits qu’elle avait eu tant de mal à coudre. Les deux jumeaux, le plus blond et le plus roux, se tenaient la main, s’agrippaient l’un à l’autre, bouche et yeux arrondis. Les cousins ne comprenaient rien à ce qui se passait, car après avoir applaudi l’arrivée du papa Noël, l’ambiance avait quelque peu changé. L’homme en rouge se massait le menton.

– Qu’est-ce qui te prend à tirer ma barbe ? Tu m’as fait mal !

La Maman avait repris ses esprits :

– Mais Papa, ce n’est pas une raison pour taper la Grande ?

– Bon, bon, reprit le Père Noël d’une voix caverneuse. On va pas faire le réveillon là-dessus. D’ailleurs ça sent drôlement bon chez vous.

– Bref, le coupa le plus roux des jumeaux, qui était aussi le plus intrépide. Tu as nos cadeaux ?

– Eh bien non, mon garçon. Figure-toi que ce n’est pas moi qui distribue les cadeaux, c’est vous qui allez m’en faire. Un petit cadeau, M’sieurs Dames, pour un pauvre Père Noël ?Père Noël

La Maman se demandait bien si les hommes allaient enfin arriver pour fiche à la porte ce malotru.

– Mais comment êtes-vous entré ?

– J’ai toqué, Madame, fit-il d’un ton vexé. Vous faisiez tant de bruit que vous n’avez pas entendu. Mais la porte était entr’ouverte, je n’ai eu qu’à la pousser, et me voilà !

Il ébaucha une petite pirouette. Les Jumeaux pouffèrent. La Grande leur fila une tape pour qu’ils se taisent. Puis elle les empoigna et les fit passer derrière le canapé. « Tenez-vous tranquilles, ne bougez pas d’ici » leur intima-t-elle. Pendant ce temps les Cousins s’étaient rassemblés dans l’encoignure de la fenêtre, enserrant dans leurs bras leurs gamins maigrichons pour les protéger.

– Allons, reprit l’intrus d’une voix adoucie, n’ayez pas peur, je ne suis pas venu vous faire de mal, juste vous…

A cet instant, Pépé fit irruption derrière lui, tenant une pelle levée, prêt à l’abattre. Mais l’homme avait perçu le mouvement, il se retourna brusquement et d’un geste aplatit la pelle sur le visage du pépé qui s’effondra sur les marches de l’escalier en faisant :

– Ouf !

– Au secours ! Hurla la Grande.

– Non ! Cria la maman en se redressant.

– Ça va pas ? Osa le Cousin.

– Papa ! Papa ! Brailla le plus roux des Jumeaux, tandis que le plus blond, tapi sous le canapé, se bouchait les deux oreilles de ses mains.

Le Père Noël fit un pas en avant et explosa :

– Taisez-vous ! Arrêtez de beugler comme ça ! Un peu de respect pour un pauvre vieillard obligé de …

Il n’acheva pas sa phrase. Le Cousin avait empoigné un bougeoir qui se trouvait là et l’avait envoyé de toutes ses forces vers le malotru. Ratant son but, le lourd objet fit éclater avec fracas la porte de verre du salon, projetant alentour, dans un déferlement de clochettes, une myriade de projectiles étincelants et tranchants.

La Grande profita de la surprise pour se précipiter, elle agrippa le bras du bonhomme, remonta prestement sa manche et mordit de toutes ses forces dans la carne. D’un geste brusque le manant projeta à nouveau la gamine, qui atterrit dans le verre brisé et se mit à hurler.

Mais un autre Père Noël déboucha à cet instant de l’escalier de la cave. Il avait le visage tuméfié. Il tenait dans ses mains un fer à repasser qu’il projeta violemment à la tête du malappris. L’homme trébucha sur la table basse et s’affala lourdement sur le sapin.

feu-de-sapin-de-noel-Les petites bougies tressaillirent, palpitèrent, les aiguilles de pin commencèrent à grésiller et le sapin s’embrasa rapidement dans un crépitement de flammes avides. Pétrifié, chacun regardait le feu se propager à folle allure. Papa se précipita vers le canapé, tira violemment le plaid, et Maman et la Grande s’écroulèrent à terre. Il jeta la couverture sur le feu et piétina jusqu’à ce que les flammes s’épuisent. Une fumée âcre et noire avait envahi la pièce. On toussait, on suffoquait. Le Cousin eu la bonne idée d’ouvrir la fenêtre dans une telle hâte que les rideaux furent arrachés.

 

La hotte du Père Noël s’était vidée sur le tapis. Quelques pièces de 1 ou 2 €, quelques boules de chocolat et une mandarine avaient roulé sur le tapis. Un petit ours en peluche restait accroché à l’osier.

Chacun restait hébété, ahuri, incrédule. La Maman s’écria :

– Mais où étais-tu Papa ? Tu es blessé ! Il t’a frappé ?

– Non, non, je suis tombé dans l’escalier de la cave et me suis assommé tout seul.

Le Pépé apparut à son tour, titubant, le nez ensanglanté :

– Je vais téléphoner à la Police.

Une voix assourdie émergea alors du tas rouge effondré près du sapin calciné.

– Non, non ! Pas la Police !

L’homme se redressa sur un coude, se frottant le crâne.

– Je vais vous expliquer, je ne vous veux pas de mal. Dites donc, dit-il à Papa en frottant sa bosse, vous n’y êtes pas allé de main morte !

– Vous non plus ! Gronda Pépé, vous avez vu mon nez ?

– Pardon, pardon, j’ai été un peu vif… C’est un accident !

pn noirci

– Mais qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Le coupa Papa, exaspéré.

– Je ne suis qu’un pauvre bougre, qui voulait passer dans les maisons demander une petite pièce, une petite douceur… J’ai fait le Père Noël au Centre commercial, ça m’a donné l’idée…

Le plus blond des jumeaux était sorti de sa cachette et s’approcha de la hotte.

– Mais il n’y a rien là-dedans ! Qu’un ours en peluche !

L’homme à la grande barbe blanche s’assit sur son derrière. Il prit l’ourson dans ses mains.

– Oui, c’est Michka.

 

La Maman, contemplait d’un air atterré, anéanti, le désastre de son salon, le papier peint noirci, les carreaux brisés, les rideaux arrachés. Soudain, elle cramponna son ventre en criant :

– Je perds les eaux sur le canapé ! Papa, le petit benjamin arrive !

Dans le branle-bas qui suivit, une petite voix fusa, à laquelle personne ne répondit. C’était le plus roux des jumeaux, le plus intrépide aussi, qui s’inquiétait :

– Et les cadeaux ? On a deux pères Noël, et pas de cadeaux ?

Papa, tout énervé, courait de haut en bas dans la maison pour réunir la petite et la grande valise, le manteau, les chaussures et le sac à main de Maman, et les voilà partis vers la délivrance sans que Papa ait eu l’idée d’ôter sa pelisse rouge bordée de blanches plumes d’autruche.


pn enfantDurant tout ce branle-bas, le faux Père Noël avait attiré les enfants près de lui :

– Connaissez-vous l’histoire de Michka ? Voulez-vous que je vous la raconte ?<

– Ben oui, avaient répondu les bambins, qui s’assirent autour de lui sur un coin de tapis sans éclats de verre.

michka hier

Et le vieil homme avait raconté la jolie histoire du petit ourson qui s’en va dans la neige pour fuir la petite fille capricieuse.[1] Et il la termina en disant :

– Ce petit ourson-là, un petit garçon me l’a donné. J’y tiens beaucoup.

Même Pépé, qui avait écouté l’air de rien, en fut ému, mais il n’était pas question que l’on s’en aperçût. Maintenant que le calme était revenu dans la maison, il prit la direction des opérations.

– On va mettre le couvert à la cuisine et manger toutes les bonnes choses que Maman, et vous, les enfants, avez préparées. Monsieur le Père Noël, vous êtes évidemment invité puisque vous êtes là. Quant aux cadeaux… Vous croyez qu’il y a des cadeaux, les enfants ?

– Oui !  Oui ! Oui ! Oui ! Oui !

– Ah alors, voilà ce que je vous propose : Si on attendait le retour de Papa pour que le Père Noël distribue les surprises ? Il va arriver, votre Papa, avec le plus beau des cadeaux : il va nous annoncer une grande nouvelle, une bonne nouvelle : «Un enfant nous est né, un fils nous est donné…»[2]

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Ne craignez plus l'incendie le soir de Noël,

procurez-vous nos guirlandes électriques LUMINOEL,

pour illuminer sans crainte 
toutes vos réceptions et vos repas de fêtes. 
LUMINOEL
c'est la lumière, la couleur, la joie sans soucis !

                Joyeux Noël, Joyeuses Fêtes !

 

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Michka

Michka s’en allait dans la neige en tapant des talons. Il était parti de chez lui, ce matin-là, comme le jour commençait de blanchir la fenêtre ; de chez lui, c’est-à-dire de la maison d’Elisabeth, sa jeune maîtresse, qui était une petite fille impérieuse et maussade.

Lui, c’était un petit ours.

En peluche.

Avec le dessous des pattes en velours rose, deux boutons de bottine à la place des yeux, trois points de laine à la place du nez.

En se réveillant, il s’était senti tout triste et dégoûté. Elisabeth n’était pas gentille ; il lui fallait vingt-cinq joujoux à la fois pour l’amuser et, quand on avait cessé de lui plaire, il n’était pas rare qu’elle vous secouât et vous jetât d’un bout à l’autre de la pièce ; tant pis s’il lui restait une de vos pattes dans la main…

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[1] Album du Père Castor, Conte de Marie Colmont.

[2] Ancien testament, (Esaïe 9 :5-6)


La fable du Rat
 
ratUn rat prospère, en cette fin d'été,
S'en vint chercher nid dans les terres.
Sous le salon, par un petit terrier,
Au nez, sans façon, des propriétaires.
Mais discrétion et correction
Ne furent guère mots d'ordre du locataire.
Tapage nocturne et indélicatesses
Excédèrent vite par la hardiesse
Et provoquèrent cris et colère.
Mort au rat, piège itou et guerre
L'arsenal ne pouvait déplaire.
Mais, rat malin, sacré vilain,
Ignora et contourna d'un regard
Tous les filets tendus à son égard
Et, sembla-t-il, s'en fut enfin.
Les jours qui passent, le cœur en liesse,
La paix retrouvée sent l'ivresse.
Et puis un jour par l'odeur étonné
On vint se poser des questions.
Putréfaction et le cœur soulevé,
On tint à chercher le cadavre.sourislivres
Coins et recoins furent bien examinés,
Aucun corps, rien, que le néant qui navre.
Les heures devinrent journées.
Les nuits vinrent s'installer.
Las.
Lourd voile nauséabond
L'odeur, obstinément,
Sans répit, fermement,
Demeurait sans faux bond.
Passages découverts
Tout derrière la chaudière,
Tout fut soigneusement
Rebouché dans les temps.
Rien n'y fit. Ce fut même pis.
Quelle rage ! Quel désespoir !
Qu'avait donc mérité cette famille sans histoire ?
Un jour arrive, peut-être de grand ménage,
Où fut bougée la machine à laver.
Et, ô stupeur ! Comme dans un engrenage
Rat apparu la tête écrabouillée :
Surpris, coincé, sursaut de l'essorage,
La bête trop lente y resta.
Morale
Rat toujours méfiant et perspicace
Ne maîtrise pas encore
La tortuosité de l'homme moderne
Et sa devise : ça passe ou ça casse.
                                                                                Dom

 

Le temps

Ce texte a été rédigé uniquement à partir des expressions d’un dictionnaire, dont nous tairons le nom.

 

temps montres déforméesLes hommes disent que le temps passe...
le temps dit que les hommes passent...
Réf. http://drole-de-maths.skyrock.com

 

J’ai rencontré le temps perdu et à jamais retrouvé, côtoyé le temps qui passe. Il passe. J’ai trouvé le temps long quand je t’attends tout le temps, mais le plus clair du temps j’ai tout mon temps, je prends le temps, même à mi-temps. Et ainsi je prends du bon temps.

Alors j’ai juste le temps de tuer le temps en chantant avec les temps : Je chante, j’ai chanté, et si je chantais ? Aurais-je pu chanter ? Je chanterai si j’en ai le temps et l’envie. Encore eut-il fallu que je chantasse. Quel galimatias !

Mais il est grand temps, en deux temps trois mouvements, comme la valse à trois temps, de mesurer le temps à quatre-temps : nanoseconde, seconde, minute, etc., mois, année, lustre, siècle, année lumière, le temps est compté. Sans oublier les ères, les époques, les générations, les anniversaires et les temps de guerres et paix, depuis la nuit des temps.

D’ailleurs, en ce temps-là, au bon vieux temps, au temps jadis et de mon temps, tout était pour le mieux, mais par les temps qui courent, les temps sont durs. Le temps c’est de l’argent, et ne vaut-il pas mieux être de temps à autre en avance sur son temps ?

Entretemps et en tout temps, la fuite du temps qui coule vers la fin et la nuit des temps, effraie. Ô temps, suspend ton vol ! On veut défier le temps, ajouter du temps au temps. Il n’est plus temps, on a fait son temps !

Mais voilà que, par tous les temps, on ne parle que du temps qu’il fait ou fera. Il pleut de temps en temps, mais il est temps que le beau temps remplace le gros temps qui a assez duré, c’est un sale temps.

Mais le temps presse, la jeunesse n’a qu’un temps, et j’ai fait un bon temps, sans temps mort. Le temps des vacances est venu. Il était temps. Chaque chose en son temps et les outrages du temps seront oubliés. Au temps pour moi.

La mouette rieuse temps spirale

 

Voici le bien joli conte écrit par Sylviane, et qui a été sélectionné pour paraître dans le tome 2 des Contes et Légendes de Vendée, édité par Grrr...Art.
Félicitations !

LE PALAIS DES MOTS

Il est à Noirmoutier, à l'ombre du château, un très joli quartier qui, loin de la rue piétonne, de ses touristes et de ses babioles made in China, respire l'authenticité. J'aime beaucoup cet endroit, ses jolis jardins, ses fontaines et son calme.

Un après-midi que j'avais succombé à son charme et qu'un banc ombragé par une treille avait accueilli mon envie de paresse, j'ai surpris la conversation suivante qui s'échappait au-dessus d'un magnifique mur de pierre habillé de lierre :

- "Dis, Papy Maurice, tu voudrais bien me parler encore de quand tu étais sur un grand bateau qui allait très très loin ?"

-         "Tu n'en a pas assez de mes vieilles histoires, Julie ?"

-         "Oh non, et puis ça me donne plein d'idées pour les cours de français !"

J'ai failli quitter mon refuge, consciente de ma curiosité mais j'avais très envie, moi aussi de m'évader avec Julie et son Papy Maurice. J'avais tout de suite imaginé une fillette blonde portant un joli chapeau de paille et un Papy Maurice buriné par les embruns, âgé, usé par ses multiples traversées, s'appuyant sur une canne et coiffé de l'incontournable casquette de capitaine.

-         "Bon, comme tu veux, mais cette fois, je vais te raconter une aventure qui m'est arrivée tandis que je naviguais à quelques encablures d'ici, un matin, au large de Noirmoutier, tout près du Pilier.

J'étais dans ma barcasse, à rêver plutôt qu'à pêcher lorsque j'ai entendu une drôle de petite voix qui m'appelait.

-        "Maurice, Maurice, viens voir, j'ai quelque chose à te montrer"

C'était un étrange petit poisson volant. J'en ai vu bien des fois à la proue des navires lorsque je voguais dans les mers lointaines, mais celui-là était vraiment très particulier...... et il parlait !

Curieux et intrigué, je l'ai suivi. Il m'a entraîné un peu plus loin, dans une crique au creux des rochers et il a prononcé une phrase bizarre tandis que j'eus l'impression de perdre le contrôle de ce je pensais et de ce que je disais, Mon cerveau était comme ensorcelé.

"Maître, voici Maurice qui franchit les coulisses
Que s'accomplisse le maléfice"

et nous sommes entrés tous les deux dans une sorte de grotte. Et alors là ma petiote, j'ai eu les chocottes.....

Il y avait à l'intérieur, une grande maison, séparée par des cloisons, ressemblant à une prison.

Sur les portes, des noms : Jules, Camille, Augustin, Isabelle, Patrice, Capucine et bien d'autres encore, perdus dans le décor d'un très long corridor.

La première cellule était celle de Jules. J'y entre sans préambule. Il était fort comme un hercule, avait les yeux comme des globules et frisait le ridicule. Ici, pas de libellules, mais plutôt des tarentules, et des bidules qui gesticulent. Dans une capsule, une minuscule campanule se désarticule pour rejoindre la renoncule. On me bouscule, je bascule, doucement je me recule et je circule vers le vestibule.

Je vais ensuite dans la bastille de la gentille Camille. Elle se maquille avec une brindille, s'habille d'espadrilles et porte une mantille. Ici, tout scintille et cela m'émoustille. Mes pupilles s'écarquillent en voyant les jonquilles qui frétillent et les myrtilles qui s'entortillent. Une bille roupille, une cédille babille avec une pastille mais voilà Camille qui me houspille et s'égosille pour une peccadille, une broutille. Alors, sans prendre ma béquille, je sautille vers l'écoutille espérant retrouver ma famille.

Mais non, car Augustin le lutin m'a atteint et je dois écouter son baratin. C'est une histoire de pantin qui faisait un festin assis sur un strapontin en rotin. Il mangeait du turbotin assaisonné avec du thym qui était, paraît-il, amer comme chicotin. Il aurait préféré le picotin au gratin de son ami le bouquetin. Refusant d'entendre tout le bulletin des potins de ce diablotin, j'ai laissé là ce plaisantin en filant comme un clandestin avant de devenir complètement crétin.

C'est Isabelle, toute vêtue de dentelles, qui maintenant m'interpelle et me conduit vers une échelle tenue par des sauterelles et menant à une tourelle. Là-haut, rien de réel. Une tourterelle joue du violoncelle, une jouvencelle prépare dans une gamelle une béchamel à la cannelle et à la citronnelle. Une coccinelle appelle une hirondelle pour jouer à la marelle, tandis qu'une mirabelle termine une aquarelle en écoutant une ombrelle chanter une ritournelle. Tout m'ensorcelle.

Et la visite continue car Patrice crierait à l'injustice si je n'allais voir son édifice qui est une oasis en pain d'épice. Une saucisse qui a la jaunisse joue au tennis avec une écrevisse qui gagne son service. Un narcisse et un myosotis se font complices et tissent une bâtisse autour de l'hélice d'une clovisse qui ratisse des immondices. Une dessinatrice esquisse avec malice une cicatrice sur la joue de l'institutrice. Une cantatrice se fait tentatrice et me glisse une amaryllis que j'accepte, comme un novice.... Mais voilà que la police et la milice envahissent la bâtisse Je me rapetisse et je me trisse.....

Capucine habite une mezzanine. C'est une gamine mutine qui ressemble à Mélusine. Elle se dandine et danse la biguine avec Amandine, sa benjamine. Elle est câline, la coquine et très féminine avec sa crinoline en popeline, sa capeline de mousseline et ses ballerines de citadine. Ses yeux sont des aigues-marines qui me font penser à une ondine. Elle me taquine, me fascine et me dessine une brigandine pour pêcher la sardine au large des Îles Grenadines. Mais la visite se termine et une arlequine chagrine s'obstine à me jeter de cette cabine...

Me voici donc dans le couloir, très noir, et j'étais au désespoir de quitter cette histoire.

Toutes les lettres se bousculaient dans ma tête, essayaient de faire des mots pour jouer avec d'autres mots et j'avais le cerveau comme un tonneau. J'étais prisonnier de ce flibustier qui m'avait mystifié.

Tandis que je cherchais comment sortir de la grotte, un gros goéland m'interpella :

-         "Holà Maurice, sais-tu où tu es ?"
-         "Dans un endroit où les mots malmènent les vieux matelots."
-         "C'est le Palais des Mots, ici ce sont eux qui commandent, même aux animaux."
-         "Et que faire pour sortir de ce ghetto ?"

-         "Et bien, choisis trois mots et si le Maître-Mot les trouve assez beaux, tu seras libre de regagner ton bateau".

Sans réfléchir, j'ai dit : "Immensité – Horizon et Tempête"

Et c'est ainsi que je me suis retrouvé sur ma goélette en train de guetter les mouettes à la lunette.

Vois-tu, fillette, depuis ce jour-là, je respecte davantage les mots, je surveille mon langage.... et j'évite soigneusement d'approcher le Rocher du Pilier !

Mais toi, Julie, malgré tous les textos, msn et autres je-ne-sais-quoi que tu envoies et que tu reçois dans un patois indigne de toi, essaie toutefois de respecter, parfois, notre bon vieux "françois". »

J'étais subjuguée par ce que je venais d'entendre, Je me demandais si je n'avais pas rêvé. J'écoutais encore...... Mais c'était l'heure du goûter et Julie devait se régaler de bonnes tartines et de confitures faites dans la maison dont je devinais le toit au-dessus du mur.

J'ai donc quitté mon asile bienveillant encore sous le charme de ce curieux récit

Le Rocher du Pilier est-il vraiment habité de personnages étranges qui attirent les marins dans leur repaire ? Et ces créatures, n'auraient-ils pas pour mission de nous rappeler la richesse de notre langue et de tous ces mots que nous prononçons sans y penser ? D'autres marins ont-ils subi le même sort que Maurice ? Comment sont-ils sortis de cet univers surnaturel ? Les habitants sont-ils  prisonniers et qui est donc ce Maître-Mot ?

Quelques jours plus tard, pensant toujours à Maurice et à son expédition, je me suis retrouvée, par hasard, peut-être, face au Rocher du Pilier, un soir, tandis que le soleil s'enfonçait doucement dans l'océan et que mouettes et goélands menaient une joyeuse sarabande. Et là, j'ai vu, de mes yeux vu quelques grosses lettres majuscules s'échapper et de dissoudre dans la brume naissante...

Cette histoire avait été racontée par Sylviane à l'occasion du Lire en Fête, et vous en trouverez une version décorée en descendant cette page.

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Et puisque c'est bientôt Noël, allez tout en bas de la page, et amusez-vous à relire nos toutes premières histoires !


 

Sauve qui peut !

 

Voyez comme le chantier l'occupe intensément.
Il transporte de gros galets plats qui forment le contrefort.

Certes il ne va pas loin, le matériau provient de ruines proches. Mais le chemin est ardu, les pieds s'enfoncent, il faut lever haut les genoux, la charge est lourde.

cathdralePeu à peu, s'élèvent les murs, après les fondations robustes.

Il sue, il transpire, les gouttes s'écoulent sur ses tempes, le long de son dos.

Peu importe, il faut que l'édifice soit monté, inébranlable, pour résister au danger annoncé, afin qu'il soit à l'abri, bien au sec, face au cataclysme inéluctable.

 

Il ne sent pas la fatigue de ses jambes, ni la brûlure du soleil sur son dos et ses épaules. Toute son énergie est tendue vers sa survie.

Ses outils trop fragiles sont brisés depuis longtemps, et  il se sert maintenant de ses mains nues pour bâtir, de ses pieds et de ses genoux pour tasser.
Le rempart prend forme, il s'élève, massif, solide, imprenable.

 

Tout à son ouvrage, il n'entend pas la foule qui l'entoure, qui s'agite autour de lui, toute la vie qui grouille près de son chantier. Il est seul et entend bien le rester. Parfois il est obligé de repousser les offres des jaloux qui voudraient bien participer à cette œuvre salvatrice. Non, c'est à moi, à moi tout seul !

 

De temps à autre, il jette un coup d'œil sur le ressac et, rassuré, se remet vivement à l'ouvrage.

Le temps est compté, il ne faut pas se laisser distraire.

 

Puis il aménage une entrée somptueuse du côté Est, car l'ennemi ne viendra pas par là... à moins d'être encerclé. Ah ! quelle étourderie ! Non, pas de porte ! Il éboule le seuil majestueux et élabore un passage discret suffisamment haut pour ralentir l'ennemi.

 chateau-sable

Le temps presse. A l'oreille, il sent que le péril est proche. Il s'affaire, se démène. La sueur et la poussière piquent les yeux, la peau brûle, les muscles sont douloureux, l'épuisement est proche.

 

Autour du chantier, la foule reflue, l'exode commence. Mais lui, imperturbable, sans laisser la panique le gagner, fignole, remonte un pan , rajoute un peu de matériaux, tasse, lisse, polit, peaufine.

 

Enfin, satisfait, les mains sur les hanches, il se campe au centre de l'espace, et jette un long regard  circulaire sur son œuvre.

 

Puis il s'en va recouvrer près de là son balluchon, s'assied sur son banc de pierre, fouille, et dépose solennellement sur le galet-table, deux Pépitos et une canette de soda.

 

Alors, l'œil dominateur, il défie les vagues déferlantes qui commencent a lécher la base de son château de sable.

 

A.B. 

 chateau_de_sable

Je crois que cela nous rappelle des choses...

Ceux qui ont des enfants savent ! Ceux qui n'en n'ont pas, ou pas encore doivent bien réfléchir !

C'est l'histoire d'une institutrice de dernière année de maternelle, au milieu de janvier, le mois le plus dur pour tout le monde...

Un des gamins lui demande de l'aide pour mettre ses bottes pour aller en récréation et,enfantbottes
en effet, elles sont vraiment difficiles à enfiler.

Après avoir poussé, tiré, re-poussé et tiré dans tous les sens,
les bottes sont enfin chaussées et le gamin dit :

"Elles sont à l'envers, maîtresse".
 
La maîtresse attrape un coup de chaud quand elle s'aperçoit qu'en effet il y a eu inversion des pieds...

Bref, nouvelle galère pour les enlever et rebelote pour les remettre
mais elle réussit à garder son calme jusqu'à ce que les bottes soient rechaussées, aux bons pieds.

 

Et là le gamin lui dit avec toute la candeur qui caractérise les enfants :

"C'est pas mes bottes".

A ce moment, elle fait un gros effort pour ne pas lui mettre une baffe, fait un tour sur elle-même

en se mordant les lèvres, se calme et lui  demande pourquoi il ne l'a pas dit avant...

Comme le gamin voit bien qu'il a contrarié sa maîtresse, il ne répond pas.

Elle dit alors :

 "Bon, allez, on les enlève" et elle se met à nouveau au boulot. Le deuxième pied est presque sorti quand le gamin poursuit :

"C'est pas mes bottes, c'est celle de mon frère, mais maman a dit que je dois les mettre".

Là, elle a envie de pleurer mais, une nouvelle fois, elle se calme et entreprend de lui

re- re- mettre ses bottes.

L'opération est enfin réussie et la maîtresse se sent fière d'avoir réussi.

Pour aller jusqu'au bout, elle le met debout, lui fait enfiler son manteau,
lui met son cache-nez
et lui demande :

"Où sont tes gants?".

Et le gamin de répondre le plus simplement du monde :

"Je les ai mis dans mes bottes".

 

pied_001


 

 Une histoire proposée par Sandrine




Un jour, une prof demande à ses élèves de noter le nom de tous les élèves de la classe sur une feuille et de laisser un peu de place à côté de chaque nom.

Puis, elle leur dit de penser à ce qu'ils pourraient dire de plus gentil au sujet de chaque camarade et de le noter à côté de chacun des noms. Cela prit toute une heure jusqu'à ce que tous aient terminé, et avant de quitter la salle de classe, les élèves remirent leur copie à la prof.
Le week-end, la prof écrivit le nom de chaque élève sur une feuille et à côté toutes les remarques gentilles que les autres avaient écrit au sujet de chacun.
Le lundi, elle donna à chaque élève sa liste.
Peu de temps après, tous souriaient.
- « Vraiment ? » entendait-on chuchoter...
- « Je ne savais pas que j'avais de l'importance pour quelqu'un !
- « Je ne savais pas que les autres m'aimaient tant » étaient les commentaires que l'on entendait dans la salle de classe...

eleves


Personne ne parla plus jamais de cette liste. La prof ne savait pas si les élèves en avaient parlé entre eux ou avec leurs parents, mais cela n'avait pas d'importance. L'exercice avait rempli sa fonction. Les élèves étaient satisfaits d'eux-mêmes et des autres.


Quelques années plus tard, un élève tomba, mort au Vietnam et la prof alla à l'enterrement de cet élève.

L'église était comble. Beaucoup d'amis étaient là. L'un après l'autre, ils s'approchèrent du cercueil pour lui adresser un dernier adieu. La prof alla en dernier et elle trembla devant le cercueil. Un des soldats présents lui demanda « Est-ce que vous étiez la prof de maths de Marc ? »
Elle hocha la tête et dit : « oui. » Alors il lui dit : »Marc a souvent parlé de vous. »

Après l'enterrement, la plupart des amis de Marc s'étaient réunis.
Les parents de Marc étaient aussi là et ils attendaient impatiemment de pouvoir parler à la prof.


« Nous voulions vous montrer quelque chose. » dit le père de Marc et il sortit son portefeuille de sa poche. « On a trouvé cela quand Marc est tombé à la guerre.
Nous pensions que vous le reconnaîtriez.. »

Il sortit du portefeuille un papier très usé qui avait dû être recollé, déplié et replié très souvent.

Sans le regarder, la prof savait que c'était l'une des feuilles de la fameuse liste des élèves contenant beaucoup de gentilles remarques écrites à l'époque par les camarades de classe au sujet de Marc.

« Nous aimerions vous remercier pour ce que vous avez fait. » dit la mère de Marc « Comme vous pouvez le constater, Marc a beaucoup apprécié ce geste.

Tous les anciens élèves se réunirent autour de la prof.
Charlie sourit et dit :

- J'ai encore ma liste. Elle se trouve dans le premier tiroir de mon bureau.
La femme de Chuck dit :

- Chuck m'a prié de la coller dans notre album de mariage.
- Moi aussi, j'ai encore la mienne, dit Marilyn, elle est dans mon journal intime.
Puis, Vicky, une autre élève, prit son agenda et montra sa liste toute usée aux autres personnes présentes :

- Je l'ai toujours avec moi, dit Vicky et elle ajouta : Nous l'avons tous gardée.


La prof était si émue qu'elle dut s'asseoir et elle pleura.
Elle pleurait pour Marc et pour tous ses amis qui ne le reverraient plus jamais.

lettre_amiti


Dans le quotidien avec les autres, nous oublions trop souvent que toute vie s'arrête un jour et que nous ne savons pas quand ce jour arrivera.
C'est pourquoi, il est important de dire aux personnes que l'on aime et qui nous sont importantes, qu'elles sont particulières et importantes.
Dites-le leur.....

Envoyé par Isabelle

 

 

Voici les histoires écrites et contées par Isabelle et Sylviane durant les animations de Lire en Fête

"Des Pierres Folles à l’Océan"  

Martin le charpentier de marine nettoie et balaye son atelier. Ça y est il est enfin arrivé au terme de son travail et dans le chantier naval propre et rangé, il contemple son œuvre. Demain, la « Fradette », superbe chaloupe noirmoutrine, un bateau traditionnel du Pays de Retz, sera lancée sur la mer. Elle sera enfin sur l’eau, prête à voguer vers les îles voisines, l’Ile d’Yeu, Belle Ile.

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Martin pose son balai, tend sa main et la laisse courir sur les bordages. Il fait le tour de la « Fradette », quand soudain il sent un léger frémissement. Il retire sa main, la repose, la « Fradette » frissonne sous la caresse :
Quel bonheur d’avoir été si amoureusement construite ! Quelle merveille de voir que le pauvre chêne malade que j’étais a été si bien employé !
Martin, retire de nouveau sa main, cherche partout qui a bien pu parler. Il est pourtant bien sûr d’être seul dans son atelier, tous ses compagnons charpentiers étant débauchés.
- Non ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas le bateau qui parle ?
Mais si, c’est moi….je vais t’expliquer…n’aie pas peur !
Martin recule, tout de même effrayé. Voilà plus de vingt ans qu’il construit des bateaux en bois, c’est bien la première fois que l’un d’entre eux lui parle !

altJe suis l’esprit du chêne que tu as employé pour fabriquer la « Fradette ». Cet arbre sacré, a été abattu dans une forêt druidique, aux « Pierres Folles », à Commequiers. Il était enraciné près d’un dolmen. Ce chêne, c’est rare, abritait un gui et les druides qui le cueillaient avec leur serpe d’or lui accordaient une très grande valeur.  Le bûcheron est venu m’abattre car j’étais malade et cela risquait de gâter mon bois. Il a coupé mon tronc, il m’a apporté à la scierie où on m’a débité en planches. Après plusieurs mois de séchage tu es venu choisir le bois de la « Fradette » et tu es reparti avec moi.
- Incroyable ! C’est incroyable ! 
Tu sais, au fond de ma forêt, je savais qu’un jour le bûcheron viendrait pour moi, comme il est venu pour les autres vieux arbres qui vivaient autour de moi. J’ai toujours rêvé de l’océan, de devenir un bateau… Nous les arbres nous ne bougeons pas. Et voilà que tu as fait de moi la plus belle des chaloupes, prête pour les plus beaux voyages en mer.
- Oui, demain tu partiras en mer, je ne te verrai pas souvent au port.
Il te reste quelques chutes de mon bois ?
- Oui bien sûr, il est difficile de ne rien laisser sur une planche, mais ton bois est si beau que j’ai gardé tous les altmorceaux…..
Très bien, si tu en fais quelque chose avec autant d’amour que pour cette chaloupe, mon esprit viendra loger dans ton œuvre et je pourrai encore te parler. Alors je te raconterai les secrets de la forêt, mais aussi les voyages de la « Fradette ».
Martin ramasse pensivement quelques morceaux de chêne restés par terre.
Je voudrais aussi te faire un autre cadeau, vas dans la forêt de Pierre Folle, et cherche la souche du grand chêne que j’étais. Va t’asseoir dessus et attends…

Quelques jours plus tard, Martin est dans la forêt de Pierres Folles, il a trouvé l’énorme souche et il s’est assis dessus pour attendre.
Après un bon moment, il entend quelqu’un dire :
- Bonjour Martin !
C’est un farfadet qui sortant d’un trou sous la souche, surgit entre ses pieds.
alt- Bonjour, lui répond Martin tout surpris.
- Je suis le messager des Arbres de la forêt. J’ai été averti que tu as été choisi pour assurer la continuité de la vie de cet arbre. Voici les fruits du chêne sacré, les glands que j’ai ramassés cet automne.
Et le farfadet tend ses mains pleines de glands :
- Prends-les, et répands-les autour de chez toi, ils germeront et donneront à leur tour des chênes altexceptionnels.

Martin est rentré chez lui, il a planté les glands. Puis il s’est mis, à ses heures perdues, à fabriquer une maquette de la « Fradette » avec les restes du grand chêne. Après bien des heures de travail, la miniature du bateau terminée a été posée dans un coin de l’atelier. altParfois on peut voir Martin s’approcher, caresser le petit bordage et marmonner près de sa maquette, je crois bien qu’il lui parle. Il va souvent marcher dans le petit bois de chênes, qui a mystérieusement poussé en quelques saisons, derrière le chantier naval, à l’abri des curieux qui pourraient s’étonner de pareil phénomène ! Si on est très attentif on peut voir que les branches basses se penchent à son passage, comme pour une tendre caresse. Martin trouve toujours dans ce lieu la paix et l’harmonie.

 

Et la « Fradette » ? Elle navigue, son propriétaire est très content, elle est si solide qu’il n’y a presque jamais de réparation à faire dessus. Et par gros temps, les vagues et la tempête semblent s’apaiser autour d’elle, elle est un peu magique la « Fradette » non ?

alt 

 

Après le joli conte d’Isabelle, Sylviane prend la parole :

"Et bien moi, je vais vous raconter une aventure qui m’est arrivée.
J’étais un jour dans ma barcasse à rêver, plutôt qu’à pêcher, quand j’ai entendu une drôle de petite voix qui m’appelait :
" Joseph, Joseph, viens voir, j’ai quelque chose à te montrer…" 
C’était un étrange petit poisson volant comme j’en ai vu bien des fois à la proue des navires quand je naviguais dans les mers lointaines. 
Curieux, je l’ai suivi, il m’a entraîné un peu plus loin, dans une crique au creux des rochers et il a prononcé une phrase bizarre : 
"Chef, voici Joseph qui entre dans la nef, que prenne la greffe "
 et nous sommes rentrés tous les deux dans une sorte de grotte et alors là ma petiote, j’ai eu les chocottes….
 
Il y avait à l’intérieur une grande maison, séparée par des cloisons, ressemblant à une prison….
 
Sur les portes, des noms : Jules, Camille, Augustin, Isabelle, Patrice, Capucine et bien d’autres encore perdus dans le décor d’un très long corridor.
La première cellule était celle de Jules.
J’y entre sans préambule.
Il était fort comme un hercule,
avait les yeux comme des globules
et frisait le ridicule.
Ici pas de libellules,
mais plutôt des tarentules,
et des bidules qui gesticulent.
Dans une capsule,
une minuscule campanule
se désarticule pour rejoindre la renoncule.
On me bouscule,
je bascule,
doucement je me recule
et je circule vers le vestibule.

Je vais ensuite dans la bastille de la gentille Camille.
Elle se maquille avec une brindille,
s’habille d’espadrilles et porte une mantille.
Ici tout scintille et cela m’émoustille.
Mes pupilles s’écarquillent
en voyant les jonquilles qui frétillent
et les myrtilles qui s’entortillent.
Une bille roupille,
une cédille babille avec une pastille
mais voilà Camille qui me houspille
et s’égosille pour une peccadille,
une broutille.
Alors sans prendre ma béquille,
je sautille vers l’écoutille,
espérant retrouver ma famille

  

Mais non, car Augustin le lutin
m’a atteint et je dois écouter son baratin.
C’est une histoire de pantin qui faisait un festin assis sur un strapontin en rotin.
Il mangeait du turbotin assaisonné avec du thym qui était, paraît-il, amer comme chicotin.
Il aurait préféré le picotin au gratin
de son ami le bouquetin.
Refusant d’entendre tout le bulletin des potins
de ce diablotin,
j’ai laissé là ce plaisantin
en filant comme un clandestin,
avant de devenir complètement crétin
.

 

C’est Isabelle toute vêtue de dentelles
qui maintenant m’interpelle
et me conduit, vers une échelle
tenue par des sauterelles
et menant à une tourelle.
Là-haut, rien de réel.
Une tourterelle joue du violoncelle,
une jouvencelle prépare dans une gamelle :
une béchamel à la cannelle et à la citronnelle,
une coccinelle appelle une hirondelle
pour jouer à la marelle
tandis qu’une mirabelle termine une aquarelle
en écoutant une ombrelle chanter une ritournelle.
Tout m’ensorcelle, heureusement une étincelle
me rappelle qu’il faut quitter ce monde virtuel
et, grâce à l’escabelle, je retrouve le rationnel.

  
Et la visite continue car Patrice crierait à l’injustice si je n’allais voir son édifice qui est une oasis en pain d’épice. Une saucisse qui a la jaunisse joue au tennis avec une écrevisse qui gagne son service. Un narcisse et un myosotis se font complices et tissent une bâtisse autour de l’hélice d’une clovisse qui ratisse des immondices. Une dessinatrice esquisse avec malice une cicatrice sur la joue de l’institutrice. Une cantatrice se fait tentatrice et me glisse une amaryllis que j’accepte comme un novice.. Mais voilà que la police et la milice envahissent la bâtisse, je me rapetisse et je me trisse…
 
Capucine habite une mezzanine.
 C’est une gamine mutine qui ressemble à Mélusine.
  Elle se dandine et danse la biguine
   avec Amandine, sa benjamine.
    Elle est câline, la coquine
     et très féminine avec sa crinoline en popeline,
      sa capeline de mousseline et ses ballerines de citadine.
       Ses yeux sont des aigues-marines
        qui me font penser à une ondine,
         elle me taquine, me fascine
           et me dessine une brigandine
            pour pêcher la sardine
             au large des Iles Grenadines.
              Mais le voyage se termine
               et une arlequine chagrine s’obstine
                à me jeter de cette cabine.
 
Me voici donc dans le couloir, très noir, et j’étais au désespoir de quitter cette histoire.
 
Toutes les lettres se bousculaient dans ma tête, essayaient de faire des mots pour jouer avec d’autres mots et j’avais le cerveau comme un tonneau. J’étais prisonnier de ce flibustier qui m’avait mystifié.
 
altTandis que je cherchais comment sortir de la grotte, un gros goéland m’interpella :
 
-        Holà Joseph, sais-tu où tu es ?
-        Dans un endroit où les mots malmènent les vieux matelots.
-        C’est le château des mots, ici ce sont eux qui commandent, même aux amiraux !
-        Que faire pour sortir de ce ghetto ?
-        Et bien choisis trois mots, et si le maître mots les trouve assez beaux, tu seras libre de regagner ton bateau
 
Sans réfléchir, j’ai dit : Immensité, horizon et tempête
 
Et c’est ainsi que je me suis retrouvé sur ma goélette en train de guetter les mouettes à la lunette.
 
Cette aventure m’a fait comprendre la richesse de notre langue et de tous ces mots que nous prononçons sans y penser. Alors Julie, malgré tous les textos, msn et autres je-ne-sais-quoi, que tu envoies ou que tu reçois dans un patois indigne de toi, essaie toutefois de respecter, parfois notre bon vieux "françois".

alt

O lé ine histoire de vache en Patois vendéen !

4 août 2008

La  vache !

D’abord, ine vache, qu’est ce qu’ô produit ?
Persoune ô sé ?
Hé bé ma, y va v’zô dire !
La vache produit do lé, et pis, d’ la bouse !
Si a produit do lé, tant mû! Et pis ô l’a pas d’importance !

 

Si a produit d’ la bouse, deux choses l’ine,
La bouse é dans l’ té, ou bedon, a lé pas dans l’té.
Si la bouse é dans l’té, ô l’a pas d’importance !


Si la bouse é pas dans l’té, deux choses l’ine,
La bouse é dans l’ pâti, ou bedon su l’chemin.
Si la bouse é dans l’pati, ô l’a pas d’importance !

Si la bouse é su l’chemin, deux choses l’ine,
La bouse é su l’coutè do chemin, ou bedon en mitant do chemin.
Si la bouse é su l’coutè do chemin, ô l’a pas d’importance !

Si la bouse é en mitant do chemin, deux choses l’ine,
O l’a quéquin qui passe, ou bedon ô l’a persoune.
Si ô l’a persoune, ô l’a pas d’importance

Si ô l’a quéquin, deux choses l’ine,
Le marche à coutè de la bouse, ou bedon le marche dedans.
Si le marche à coutè, ô l’a pas d’importance !

Si le marche dedans, deux choses l’ine,
La bouse é dure, ou bedon la bouse é molle.
Si la bouse é dure, ô l’a pas d’importance !

Si la bouse é molle, deux choses l’ine,
Le glisse, ou bedon le glisse pas.
Si le glisse pas, ô l’a pas d’importance !
Si le glisse, deux choses l’ine,
Le tombe, ou bedon le tombe pas.
Si le tombe pas, ô l’a pas d’importance !

Si le tombe, deux choses l’ine,
Le tombe à coutè de la bouse, ou bedon le tombe dedans.
Si le tombe à coutè, ô l’a pas d’importance !

Si le tombe dedans, ô l’a pû deux choses l’ine,
L’a qu’à s’ démerder!…



Ah cette Isabelle !

 

 

D’autres histoires ? Allez sur La Boulite du Web : http://labouliteduweb.free.fr/

 


Une nouvelle histoire d’Isabelle

18 juillet 2008

Mésaventures au fond de mon jardin

Tout au fond de mon jardin, une famille de lapin de garenne a creusé son terrier.
Leurs cabrioles m’amusent beaucoup. Cependant, j’apprécie moins de partager avec eux les légumes de mon potager. Ils grignotent mes choux, mes salades, déterrent mes carottes, et laissent derrière eux leurs petites crottes, témoins de leurs passages. Toutefois, ils sont,  mignons, avec leurs pelages bruns, leurs grandes oreilles et leurs petites queues blanches.
Dans le champ à côté, non loin d’un petit bois, vit un couple de magnifiques renards roux, et il est bien possible que la renarde ait des petits, ça fait quelques temps que je ne l’ai pas vue…. L’autre soir, un ami farfadet, a fait halte chez moi. Il s’arrête de temps à autres dans ma maison, au hasard de ses virées. Comprenant le langage des animaux,  il m’a raconté une histoire entendue au passage, à propos de mes locataires à longues oreilles :
 
"Père lapin prenait le frais devant le terrier, jouissant du spectacle des jeux de sa nombreuse marmaille, quand Maître Renard passa par là.
 
-    «  Dis donc Père Lapin, combien de nichées encore cette saison, tes lapereaux    envahissent les environs. Tu ne peux pas faire moins d’enfants ?
-     Ah mais ! Maître Renard, les enfants sont une richesse inestimable. Quelle tristesse    une rabouillère  où ne règnent ni les jeux ni les rires joyeux des enfants !
-        Les rires et les jeux de tes lapereaux m’indisposent, Père Lapin, il faudra que tu songes à déménager plus loin.
-        Déménager ! C’est vite dit, ce n’est pas simple de trouver un pareil  endroit, avec un si beau jardin rempli de délicieux choux, de croquantes salades et de juteuses carottes (merci de tous ces compliments, Père Lapin, ça me console de mes pertes potagères).
-        Débrouille-toi ! D’ici deux jours je veux que tu sois parti ! Sinon je m’occupe de transformer tous tes lapereaux en autant de repas…
-        Aïe, aïe, Maître Renard, je vais tâcher de trouver un autre coin pour ma famille.
-        Et que ce soit le plus loin possible d’ici. »
 
Père Lapin rentra au terrier se coucher. Roulé en boule contre Mère Lapin, au milieu des lapereaux, Père Lapin se tournait et se retournait, tracassé par les paroles de Maître Renard. La menace était sérieuse, même si Maître Renard et sa famille n’avaient pas assez d’appétit pour les croquer tous !
Au petit matin, après avoir déjeuné d’une de mes plus belles carottes (et une de moins !), Père Lapin partit en quête d’un nouveau logis. La journée passa. Fatigué mais tout excité, il ne rentra qu’à la nuit tombante. Il se posta devant le terrier de Maître Renard.
 
-     « Maître Renard ! Maître Renard ! »
 
Maître Renard sortit furieux de son trou.
 
-     « Moins fort ! Tu vas réveiller la renarde et ses petits ! (Je me doutais bien qu’il devait y avoir des renardeaux…)
-     Maître Renard ! J’ai passé la journée à chercher un nouveau gîte. En chemin j’ai rencontré quelqu’un qui ma affirmé être bien plus fort que vous, et qui ma chargé de vous dire qu’il vous met au défi de le battre.
-     Comment ! Plus fort que moi c’est impossible ! C’est moi le plus beau et le plus puissant de la région ! Qui ose me braver ainsi ?
-     Il vit au fond d’un trou. J’ai pu l’entendre mais dans la pénombre du soir, je n’ai pu l’apercevoir. Toutefois, si vous le désirez, je peux vous conduire jusqu’à lui.
-     Et comment ! Dès demain matin, nous nous mettrons en route, et nous verrons qui est le plus fort ! »
La colère échauffait sérieusement Maître Renard.
 
Cette nuit-là, ce fut au tour de Maître Renard de se tourner et retourner au fond du terrier. Il se creusait la tête pour trouver qui avait l’audace de le défier, lui le renard le plus malin, le plus rusé et le plus fort du pays. Le lendemain matin, Maître Renard, dont le courroux avait encore enflé, attendait impatiemment Père Lapin.
 
-        « En route, Père Lapin, montre-moi le chemin.
-        Bien, Maître Renard, si vous voulez vous donner la peine de me suivre. »
 
Et Maître Renard, sa fureur grandissant, emboîta le pas à Père Lapin et tout en marchant, il fulminait, enrageait contre ce mystérieux adversaire.
 
-        « Comment est-il Père Lapin ? Tu l’as vu, non ?
-        Pas très bien Maître Renard, je vous l’ai dit, il loge au fond d’un trou et il n’en est pas sorti pour me parler.
-        Et où est-il ce trou ?
-        Par ici, Maître Renard, par ici, suivez-moi ! »
 
Et ils allaient, Maître Renard suivant Père Lapin, traversant champs de blés et de maïs, prairies, jardins et potagers.
Le temps passait, et la colère de Maître Renard gonflait toujours.
 
-        « Je n’en ferai qu’une bouchée de cet insolent ! Je vais l’écraser, le mettre en morceau, il va regretter ses fanfaronnades ce cabotin ! Il est encore loin ce trou ?
-        Par ici, venez, il y a encore un peu de chemin à faire. »
 
Les heures filaient, la hargne de Maître Renard prenait des proportions effrayantes. Sa rage le faisait baver, sa figure grimaçait, il soufflait, éructait. Il poussait Père Lapin dans le dos, pour aller plus vite. Le soleil déclinait.
 
-        « Es-tu certain de retrouver la fosse où se terre cette bête stupide ? Je te suis depuis trop longtemps, arrivera-t-on enfin !
-        Je ne suis plus très sûr, j’ai beaucoup marché hier…mais il me semble que, par ici… »
 
Derrière un dernier bosquet, ils avancèrent, le renard plus furieux que jamais, et découvrirent une fosse entourée d’un muret. Ils approchèrent…
 
-        « Chut, Maître Renard, c’est ici, j’en suis certain, faites attention, celui qui habite ce trou est redoutable !
-        Pas plus redoutable que moi ! » Affirma le renard, dont le poil hérissé, les yeux exorbités lui faisaient une épouvantable figure. On l’aurait cru prêt à exploser.
 
Et Maître Renard se penchant sur le trou, vit tapis au fond une bête effroyable, bavant, crachant, tendant vers lui des pattes griffues, une horrible furie.
 
-        « Ah, ah, mais….mais tu as raison Père Lapin, cette bête est abominable, d’une férocité inimaginable. Jamais encore je n’avais rencontré pareil monstre ! Fuyons ! Vite ! »
 
La plus grande frayeur avait remplacé la colère de Maître Renard. Sortant sa tête du trou, bousculant Père Lapin, il tourna le dos au puit,  et détala vers son terrier. Père Lapin suivait, s’arrêtant de temps à autre grignoter quelques excellentes herbes sauvages.
 
Le lendemain matin Maître Renard n’avait encore pas fermé l’oeil de toute la nuit. Tapis au fond de son terrier, tremblant encore à l’idée de l’épouvantable créature tapie au fond de ce trou, hou !
La nuit porte conseil, et Maître Renard avait bien réfléchi…
 
-        « Bonjour Père Lapin.
-        Bonjour Maître Renard.
-        Cette nuit, j’ai pris une décision. Je ne peux pas exposer ma famille à cet effroyable danger. Nous allons donc partir et tu devrais en faire autant, tes lapereaux sont une proie facile pour cette bête.
-        J’y penserai, j’ai déjà repéré quelques endroits pour installer un nouveau terrier. Au revoir Maître Renard !
-        Adieu donc ! »
 
Les renards sont partis… mais les lapins ? Pensez-vous ! La famille de Père Lapin n’a pas déménagé. Elle continue joyeusement à faire son marché dans mon potager…sans craindre Maître Renard, ni son épouvantable reflet colérique dans l’eau du puits de mon voisin. C’est là que le malin Père Lapin, après maints détours, l’avait finalement conduit ….Qui a dit que les renards étaient rusés ?"
 
 
Mon ami farfadet après avoir achevé ce conte, s’en alla, continuer ses randonnées à travers bois, marais et bocage.
Qui sait quand il reviendra se chauffer au coin de mon feu ? Et me régaler de ses histoires !
 

Le prix du beurre 

21 mai 2008

Lu dans  "Le rire en poésie"  (P RIR)
à la Bibliothèque, rayon Poésies.

Le songe

La fruitière m’a dit :   « légume est plus cher,
Car le ressemelage encor a raugmenté. »
Le charcutier m’a dit :   « Le cochon exagère,
Car au comptoir voisin, le pinard a monté. »

Une poule m’a dit, dressant sa tête altière :
« Ponds toi-même tes œufs à l’heure du repas. »
Le débitant m’a dit :  « Dedans ma tabatière,
J’ai d’excellent tabac, mais tu n’en auras pas. »

Plus avide de jour en jour, de proche en proche,
La main du mercanti fouille dans notre poche,
Pendant que dans sa poche opère une autre main.

Et la richesse, au jour d’aujourd’hui, n’est qu’un leurre.
Toujours, toujours plus haut, monte le prix du beurre,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.

Georges de la Fouchardière (1874-1946)
Ecrivain volontiers polémiste, il participa à la création du quotidien l’œuvre(1916), dans lequel il écrivait chaque jour un « hors d’œuvre », parfois en vers.
Voir aussi ce site qui commente les oeuvres de cet écrivain.


La fable du Campagnol 

14 mai 2008

Encore une histoire de rongeur !

L’escalier de secours
 
Dans le grenier tranquille d’une maison de vacances,
Un campagnol futé avait trouvé refuge.
Un trou dans la muraille douillettement garni
De feuilles sèches et craquantes, et le garde-manger
À portée de la patte, noisettes, glands et faînes.
Il sortait à la nuit chercher sa subsistance
Par un trou de la tuile, patiemment agrandi,
Et la journée dormait, bien en sécurité,
Repus et satisfait en son grenier tranquille.
 
Mais voilà qu’il advint que l’habitant des lieux
Prit bientôt ses vacances, encombré de famille,
D’enfants, oncles et cousins, une horde bruyante
Dont les cris et les pas faisaient vibrer les murs.
Impossible dormir dans un tel brouhaha !
Mais le plus affolant c’est qu’ils avaient des chats,
Deux gros matous replets, ventrus, dégoulinants,
Étalés au soleil sur les coussins, en bas,
Mais qui, le soir venu se mettaient à chasser,
Les moustaches aux aguets, dangereux prédateurs
Aux yeux luisant dans l’ombre. Pauvre souris des champs !
Une vie de traqué ne lui convenait pas.
La bestiole décida d’aller crécher ailleurs
Et s’en fut s’abriter sous les ronces griffues
et creuser promptement un camping d’affut.
Mais il savait qu’ici, le hibou surveillait,
Et les pies, les corbeaux, prêts à fondre sur lui
Quand la faim le poussait à sortir de son trou.
 
 
A quelques temps de là, l’animal exilé
Eut envie de revoir l’endroit où il vécut.
Après s’être assuré que l’homme était aux champs
Et le grenier tranquille, précautionneusement,
Tous les sens aux aguets, il se glisse soudain
Sous la tuile percée, et cherche son repaire.
Il cherche et cherche encore : aucun trou dans la brique,
Ni fissure, ni faille, car le trou de l’entrée
Autrefois grand ouvert, est bouché, cimenté.
Interdit de séjour. Tristounet et déçu,
L’animal retourna faire son trou dans les bois
D’où il n’aurait jamais dû s’éloigner jadis.
 
Que n’avait-il suivi les conseils de son père
Et l’instinct de sa race qui est sans contredit :
Qu’une demeure toujours doit avoir deux issues
Ou trois, c’est  mieux encore. Mais lui, présomptueux
Et jeune de surcroît, avait choisi de vivre
En un lieu dépourvu d’escalier de secours.
 AB 2002

La fable du Rat 

6 mai 2008

Rat tu l’auras

Un rat prospère, en cette fin d’été,
S’en vint chercher nid dans les terres.
Sous le salon, par un petit terrier,
Au nez, sans façon, des propriétaires.
Mais discrétion et correction
Ne furent guère mots d’ordre du locataire.
Tapage nocturne et indélicatesses
Excédèrent vite par la hardiesse
Et provoquèrent cris et colère.

 

Mort au rat, piège itou et guerre
L’arsenal ne pouvait déplaire.
Mais, rat malin, sacré vilain,
Ignora et contourna d’un regard
Tous les filets tendus à son égard
                                 Et, sembla-t-il, s’en fut enfin.

Les jours qui passent, le coeur en liesse,
La paix retrouvée sent l’ivresse.
Et puis un jour par l’odeur étonné
On vint se poser des questions.
Putréfaction et le coeur soulevé,
On tint à chercher le cadavre.
Coins et recoins furent bien examinés,
Aucun corps, rien, que le néant qui navre.

 

Les heures devinrent journées.
Les nuits vinrent s’installer.
Las.
Lourd voile nauséabond
L’odeur, obstinément,
Sans répit, fermement,
Demeurait sans faux bond.
Passages découverts
Tout derrière la chaudière,
Tout fut soigneusement
Rebouché dans les temps.
Rien n’y fit. Ce fut même pis.
Quelle rage ! Quel désespoir !
Qu’avait donc mérité cette famille sans histoire ?

 

 

 

Un jour arrive, peut être de grand ménage,
Où fut bougée la machine à laver.
Et, ô stupeur ! Comme dans un engrenage
Rat apparu la tête écrabouillée :
Surpris, coincé, sursaut de l’essorage,
La bête trop lente y resta.

 

 

 

Morale
Rat toujours méfiant et perspicace
Ne maîtrise pas encore
La tortuosité de l’homme moderne
Et sa devise : ça passe ou ça casse.
 

 

Dominique L.


La chanson que me chantait mon papa 

28 mars 2008

Je voudrais un mari

 

Je veux dans ma maison
Agir à ma façon
Régner, gouverner à ma guise
Sans faiblesse chez moi
J’entends faire la loi
Tant pis si ça le défrise
Refrain

Quand j’irai au marché
Pourquoi vous le cacher
Je veux qu’il m’accompagne
Comme un petit baudet
Je lui ferai porter
Les fruits que produit la campagne
Refrain

Il devra s’occuper
De promener Bébé
Et de tous les soins du ménage
Levé de bon matin
Il devra c’est certain
Mettre tout son coeur à l’ouvrage
Refrain

Je veux sachez-le bien
Qu’il soit tendre et câlin
Oui! Mais avant tout bien fidèle
Je veux qu’aux yeux de tous
Des moqueurs, des jaloux
Il serve en tout lieu de modèle
Refrain

J’exigerai de lui
Qu’il soit toujours bien mis
Astiqué des pieds à la tête
Qu’il soit gai et rieur
Toujours de bonne humeur
Et que jamais il ne s’entête
Refrain

Je veux sachez-le bien
Qu’il soit tendre et câlin
Oui! Mais avant tout bien fidèle
Je veux qu’aux yeux de tous
Des moqueurs, des jaloux
Il serve en tout lieu de modèle
Refrain

Charles Humel 1948
Créée par la petite Marie-France en juin 1948 à l’émission radiophonique "Les beaux jeudis"


L’Heure du Conte 

10 mars 2008

Le mercredi 5 mars, la bibliothèque a connu une ambiance un peu inhabituelle car les animatrices du Centre de Loisirs avaient décidé d’amener un groupe d’enfants, écouter l’Heure du Conte. Quatre histoires ont donc été racontées à tout ce petit monde. Le thème choisi ce mois-ci était :

Les cochons et leurs aventures

 "Les trois petits cochons",
la classique histoire des maisons, en paille, en bois puis ou briques, deux petits cochons dévorés tout crus et un loup qui finit dans la marmite.

  • Une variante de la même histoire avec "Les trois petits pourceaux", mais le loup a une arme supplémentaire et il demande aux petits pourceaux : "ouvre cette porte immédiatement, sinon, je souffle, je crache, je pète dedans". Cette dernière menace plaît beaucoup aux petits lecteurs…..et le dernier petit pourceau, celui qui mangera le loup, lui prépare une cuisson plus élaborée car la marmite contient, outre l’eau bouillante traditionnelle, du sel, du thym et du laurier… Pourceau, mais gourmet !
  • "En vacances chez Mamie Cochon". Vacances animées dans une grande maison, avec grenier, déguisements et un goûter pantagruélique, jugez plutôt : "un tonneau de jus d’oranges, une bassine de salade de fruits, cinquante-deux tartines grillées et de la confiture de framboises…." De quoi régaler une armée de porcelets et ils n’étaient que cinq !
  •  "Le plus brave des petits cochons" part à l’aventure car il sait qu’il aura un destin hors du commun. D’abord rejeté par les siens, il embarque avec des pirates, devient leur chef grâce à son courage. Il est ensuite nommé Amiral par le Roi de France dont il épouse la fille (qui a dû apprendre à faire les boulettes de pommes de terre, son plat préféré)… et se réveille au milieu de la basse-cour où il s’était endormi !  Sylviane

La prochaine Heure du Conte aura lieu le Mercredi 2 Avril
et il pourrait bien y être question de poissons…..forcément !


Une autre histoire 

9 février 2008

Bonjour,  
Voici un texte très bien écrit, avec un petit côté fantastico-réaliste intéressant.
Bonne lecture,  
Is@belle :))

C’est tellement simple, tellement habituel, tellement facile, normal, incontournable…. Ralentir, mettre son clignotant, tourner, chercher une place libre, garer sa voiture sur le parking, couper le contact, mettre le frein à main et sortir.
Et puis s’avancer, à pied, avec ou sans chariot selon les jours, vers les portes du temple de la consommation !

 L’enfer de l’abondance

Mais ce jour-là, dès le départ, y avait un truc bizarre, quelque chose de pas normal… Pourtant, les portes automatiques vous introduisent en douceur au sein de l’atmosphère artificielle climatisée, et la musique au tempo adapté au flot des clients susurre à vos oreilles son message rassurant, habituel mélange de tubes et d’annonces promotionnelles.

Pourtant les vigiles vous laissent passer sans problèmes et vous pouvez vous avancer dans les larges allées aménagées entre les présentoirs de marchandises. Et celles-ci vous attendent, innombrables, à portée de la main, pour votre bon plaisir ; vous le voulez : vous le prenez !

En entrant sur la droite, l’électroménager blanc et noir, les gadgets électroniques à la mode, les derniers best-sellers des livres et des disques. Et puis la quincaillerie et le bricolage, la vaisselle et les promotions diverses. L’allée centrale sur la gauche vous conduira toujours, en traversant les rayons textiles puis droguerie, aux rayons consacrés aux denrées alimentaires, avec au fond les boissons alcoolisées ou non. Merveilleuse caverne d’Ali-baba, prodigieuse abondance dont le sésame se trouve dans votre poche : un petit bout de plastique plat portant votre nom et des chiffres, votre carte de crédit !

Mais ce jour-là, vraiment, quelque chose ne tourne pas rond.

Est-ce à cause de cette femme, qui hésite sans fin, perplexe devant les différents desserts sucrés qui s’étalent sur plusieurs niveaux, et de nombreux mètres linéaires… Ou bien plutôt de cet homme qui, marmonnant dans sa barbe mal rasée, déconfit devant la rupture de stock de sa bière favorite, ne peut se résoudre à choisir parmi les autres marques… Ou même cet adolescent qui prend, puis repose, puis reprend différents paquets de céréales pour le petit déjeuner…

Choisir dans l’abondance est devenu une angoissante épreuve. On ne peut quand même pas tout prendre ! Et chaque marque propose au consommateurs des images du bonheur tellement convaincantes…

Tenez, vous voilà devant le rayon des plaques de chocolats ! Là aussi y en a des marques, des forts et des moins forts en cacao, des aux fruits et aux noisettes, des fourrés et des pralinés, des en-haut et des en-bas, des chers et des moins chers, des soldés et des en promos, des en lots et des comme d’habitude, des inconnus et des connus, des comme chez mémé et des autres, des équitables et des … arnaques officielles ?

Alors, là aussi, faut choisir, comparer, soupeser, regarder les images alléchantes, voire pour certains lire en détail les étiquettes pour comparer les compositions, repérer les additifs plus ou moins toxiques… D’habitude vous faites simple, vous prenez toujours le même, automatiquement, sans réfléchir ou presque. Mais aujourd’hui, allez savoir pourquoi, ça ne marche pas, quelque choses vous retient, vous aussi vous commencez à hésiter, à ne plus savoir lequel choisir, à errer devant le rayon, perplexe, presque anxieux, bientôt hagard !

Et puis soudain, votre bras se tend presque malgré vous, et votre main droite se saisit d’une plaque de chocolat de marque inconnue.

Et c’est exactement là que tout a définitivement basculé.

Il fait très chaud tout à coup, et la sueur coule sur votre peau noire et nue. Les courbatures, les douleurs musculaires et la fatigue physique créent dans votre esprit un état de lassitude proche de l’hébétement. Votre dernier repas remonte à plusieurs heures et avant ce soir, le retour au village et à la case, il faudra tenir avec de l’eau et des noix de colas. Ce soir le riz sera accompagné d’un peu de viande de brousse, si personne ne la trouve ni ne vous la fauche, homme ou bête.

Et puis cette voie qui hurle toujours à vos oreilles, qui sort de ce visage de caricature. Ce gros homme avec son faciès de méchant de films populaires, le teint luisant de sueurs et de graisse, les yeux exorbités. Il semble très en colère et il crie des mots d’insultes et de réprimandes.

Toujours le travail qui ne va pas, pas assez vite, pas assez bien, pas assez propre… Vos compagnons d’infortune se serrent contre vous, masse d’hominiens apeurés, grappe d’humanité en esclavage et qui suent la trouille et la peur, ouvriers si dépendants du contremaître, si faibles et vulnérables au pied du colosse furieux, si misérables sous leurs haillons crasseux…

Vous relâchez précipitamment la plaque de chocolat qui tombe par terre dans l’allée du supermarché, et miracle, vous revenez instantanément dans votre corps habituel ! Vous regardez à droite et à gauche, personne, tout semble parfaitement normal. Et pourtant, il y a quelques instants seulement, vous étiez à mille lieux d’ici, dans une situation d’oppression presque terrifiante !

A vos pieds, cette simple plaque de chocolat témoigne seule qu’il s ‘est peut-être passé quelque chose, mais quoi ? Cette fois vous avez vraiment halluciner !

Comme vous restez immobile, surpris et ne comprenant pas ce qui vient de vous arriver, une musique paisible se fait entendre. Vous cherchez d’un regard étonné la source de la mélodie apaisante et découvrez bientôt un nouveau prodige.

Comme vos yeux reviennent se poser sur la plaque de chocolat restée au sol, vous découvrez comme une lumière bleue-dorée qui se met à apparaître, rayonner et pulser à travers elle…

« N’ayez pas peur », prononce alors à vos oreilles une voix tranquille qui semble sortir de la plaque elle-même, avec quelques éclats de lumière synchrones… « Ces hommes que vous venez de voir sont simplement les ouvriers d’une plantation de cacao, qui se font engueuler par leur contremaître. C’est eux qui ont produit les fèves qui ont servi à fabriquer cette plaque de chocolat. Ils tiennent seulement à vous faire savoir, par mon intermédiaire, que leurs conditions de travail sont des plus précaires, quasiment apparentées à une forme d’esclavage de par les heures interminables de travail, et aussi la charge importante de celui-ci, du fait d’effectif réduit au minimum. Bien sûr il n’y a pas de syndicats, d’assurance maladie ou de caisse de retraite ! Et question salaire, il suffit juste à survivre, à payer de quoi manger et le loyer de la case. Avez-vous une idée de leur salaire ? ».

Bien sûr que vous n’en savez rien, vous ne vous êtes d’ailleurs jamais posé la question. Le chocolat c’est tellement bon !

« Sur les quelques euros du prix de cette plaque de chocolat, le salaire des ouvriers agricoles ne représente que quelques centimes… Le reste va aux importateurs, aux intermédiaires, aux spéculateurs, aux transformateurs, aux publicitaires, et enfin au distributeur qui se taille souvent la plus belle part ! » reprend la voix.

Dégoûté, vous laissez par terre la plaque de chocolat et quittez ce rayon, car tout cela ne vous concerne pas.

Mais la voix, elle, ne vous quitte plus ! : « Si vous le désirez, vous pouvez renouveler cette expérience de communication trans-spatio-temporelle encore deux fois, comme dans les contes de fée, en utilisant les objets de votre choix, et c’est complètement gratuit ! »

Alors, comme vous avancez au milieu de ce supermarché où tout semble parfaitement normal, les rayons achalandés et les cons-sots-mateurs vaquant à leurs petites affaires, vos pas vous amènent vers le rayon textiles, avec la tentation de renouveler une expérience inexplicable, et dont vous doutez presque qu’elle a été une réalité… Cela n’est pas possible, cela n’existe pas clame votre intellect ratiocinateur. D’ailleurs cela ne se reproduira pas, vas-y tu verras, c’est du délire !

Alors, comme vous vous approchez des tee-shirts en promotion, vous regardez autour de vous, tout est parfaitement normal, l’impossible ne pourra advenir de nouveau, et vous vous saisissez d’un objet.

Pour savoir la suite, cliquez sur ce site                                                                     Jean NABIR
http://www.decroissance.info/L-enfer-de-l-abondance


Une nouvelle histoire d’Isabelle 

20 décembre 2007

La voici, la voilà enfin, la belle histoire d’Isabelle !

 

La reine

 

 

La meilleure amie de ma mère s’appelle Ka-Reine. Drôle de prénom ! Cependant elle est très gentille. Elle est très jolie aussi, blonde, elle a de très beaux yeux bleus pétillants, comme la mer, comme le ciel un jour sans nuage avec le soleil au milieu.

Ce matin, en arrivant à l’école, Ka-Reine et ma mère se sont mise à discuter, comme d’habitude. Elles ont le temps, maman travaille à mi-temps et Ka-Reine ne travaille pas mais elle est très occupée avec ses trois filles. L’aînée, Yasmine, est dans la même classe que moi, en CP.

Elle est très gentille. Mais comme c’est une fille on ne joue pas souvent ensemble, elle préfère échanger des secrets avec ses copines. Mais quand maman va voir Ka-Reine, je peux jouer avec elle.

Ce matin donc, comme tout les matins, Ka-Reine et maman papotent :

- Comment vas-tu ? dit maman
- Bien, répond Ka- Reine, sauf que je dois me faire poser une couronne.
- Oh ce n’est pas très agréable !
- Oui, mais il le faut.
- Dépêches-toi Fabien, tu vas être en retard.

Je file en classe.

Pas très agréable de se faire poser une couronne, ça alors ! Je voudrais bien moi, avoir une couronne pour être le roi, je pourrais faire tout ce que je veux. Super !

Soudain le prénom de la copine de maman ne me parait plus si bizarre. Bien sûr, c’est une reine qui se cache chez nous. Ce sont des choses qui arrivent parfois, les rois et les reines quittent leur pays, ils se cachent et puis un jour et ils rentrent et se font couronner.

Donc Ka-Reine, va partir et ses filles aussi…chez nous il n’y a pas de reine, seulement un président de la République. C’est moins joli…

Mais j’y pense pour couronner les rois et les reines, il y a toujours une belle cérémonie,

Ka-Reine va donc nous inviter. Chic alors !

Pendant la classe je rêve aux royales cérémonies du couronnement, je vois le trône en or, le manteau royal sur les épaules de Ka-Reine et du papa de Yasmine. Yasmine et ses sœurs auront sûrement de belles robes. Ce sont des princesses quand même !

Je me demande si Yasmine voudra encore jouer avec moi…

- Fabien ! Tu es dans la lune ! S’exclame Mme Peaudeau notre maîtresse.

Vite je cherche où nous sommes rendus dans la leçon, et je me met à lire les aventures de Motus le petit personnage de notre livre de lecture.

A la récré, j’observe Yasmine, qui discute avec ses copines. Elle doit sûrement leur raconter ses histoires de princesse. Moi si j’étais prince j’en aurais des choses à dire aux copains !

Je vois bien que de temps à autre Yasmine regarde de mon côté, elle rigole en chuchotant des trucs à l’oreille d’Emilie sa copine. Ah les filles ! Faut toujours qu’elles se moquent de nous, les garçons !

A midi, maman vient me chercher à l’école, pour déjeuner à la maison.

A table, je demande :

- C’est vrai que Ka-Reine va se faire couronner ?

- Oui, la pauvre ! Elle est allée ce matin chez le dentiste se faire poser une couronne.

- Oh ! dit papa, ce n’est pas très agréable !

Qu’est-ce que le dentiste vient faire là-dedans ? Et puis Ka-Reine s’est déjà fait couronner, sans nous inviter, et sans Yasmine sa fille ? Je n’y comprends plus rien.

- Mais, maman, elle ne nous a pas invité à son couronnement ! Tu es sa meilleure copine pourtant…

Papa et maman me regardent, et tout à coup maman éclate de rire. Elle ne peut plus s’arrêter.

Papa a un grand sourire, un peu moqueur. Je sens que j’ai dû dire une bêtise…

Maman, entre deux hoquets de rire m’explique que le dentiste a posé une protection sur une des dents de K-Reine qui est abîmée. Cela s’appelle une couronne. Et elle conclut :

- Voilà ce qui arrive quand on ne se lave pas bien les dents !

Je trouve que ce n’est pas très gentil pour Ka-Reine, de la soupçonner de ne pas bien se laver les dents.

De retour à l’école, Yasmine et Emilie sont encore en train de comploter dans un coin de la cour de récré. Emilie s’approche de moi :

- Tu sais, Yasmine n’ose pas te le demander… elle voudrait que tu sois son amoureux.

Je regarde Yasmine et je me dis qu’avec elle comme amoureuse, je suis le roi du monde !

 


Une nouvelle histoire d’Isabelle 

10 décembre 2007


Les trois maisons

Pierre Poul était entrepreneur en bâtiment, c’est-à-dire qu’il construisait des maisons. Il était propriétaire, dans la zone artisanale de Fontenit le Conte, un village de Vendée, d’un immense hangar dans lequel étaient entreposés des parpaings, des tuiles, des matériaux isolants, des bobines de câbles électriques, des portes, des fenêtres, des baies vitrées…

Pierre Poul employait beaucoup de main d’œuvre : des maçons pour monter les murs, des charpentiers et des couvreurs pour les toitures, des menuisiers pour installer les ouvertures, des électriciens pour le chauffage et la lumière, des plombiers pour amener l’eau jusqu’aux robinets de la salle de bain et de la cuisine.

Li, Chen et Tao étaient de très gentils garçons, leurs yeux bridés et leurs regards timides intriguaient les filles de Fontenit le Conte. Elles se mirent à leur tourner autour… Ce fut Cendrine qui la première réussit à attirer l’attention de Chen, le moins timide des trois frères. Cendrine avait un doux visage, de magnifiques cheveux bruns et des yeux bleus. Elle était perpétuellement chaussée de pantoufles de cuir vert un peu trop grandes, qu’elle perdait quand elle marchait trop vite.

Elle réussit à convaincre Chen de l’emmener au bal, Cendrine adorait danser. Le pauvre Chen n’était pas trop doué, mais sa gentillesse et ses attentions pour Cendrine étaient si touchantes, que la belle tomba sérieusement amoureuse de lui. On ne les vit plus désormais l’un sans l’autre, courant les bals mais toujours rentrés avant minuit. Chen fit des progrès et devint un bon danseur.

Un beau matin Chen et Cendrine, élégants dans leurs costumes de mariés, défilèrent en cortège dans les rues de Fontenit le Conte.

Les cérémonies du mariage terminées, Chen et Cendrine cherchèrent à se loger, mais à Fontenit le Conte, c’était la crise du logement. Même Monsieur Roussel, l’agent immobilier, avait loué ses trois maisons et était désolé de ne pas pouvoir leur proposer autre chose, sinon à des prix exorbitants !

Ils décidèrent donc de construire leur maison. Seulement, ils n’étaient pas riches, et une fois le terrain acheté, il ne leur restait plus beaucoup d’argent pour construire la maison…Chen était découragé.

Le vieux père de Chen vint le trouver et lui dit : " Tu te souviens du pays que nous avons laissé pour venir vivre ici ? Là-bas ils construisent des maisons en bois et en terre…Tu as tout ce qu’il faut pour le faire. Demande à tes frères, ils t’aideront. "

Li et Tao étaient fiancés à deux filles de Fontenit le Conte. L’une, Garance, habitait dans la forêt de Fontenit, et ne s’habillait qu’en rouge, elle était terrorisée par le sourire de Pierre Poul. L’autre, Blandine, avait une sainte horreur des pommiers et des pommes, elle était affligée d’une mère épouvantable que l’on soupçonnait de sorcellerie.

Li et Tao voulaient eux aussi construire leurs maisons. Chen décida de partager avec eux le terrain qu’il avait acheté. Ensemble ils cherchèrent dans les livres de la petite bibliothèque de Fontenit le Conte, et sur Internet, les techniques de construction de leur lointain pays d’origine. Ils firent des plans, les discutèrent et les modifièrent. Les femmes mirent elles aussi leur grain de sel. Enfin le chantier commença…

Ils creusèrent d’abord une fosse profonde pour faire une citerne qui récupèrerait l’eau de pluie, pour alimenter les robinets des maisons. Avec la terre sortie du trou, il firent des briques de terre, les mirent à sécher au soleil.

Avec les pierres sorties du trou, ils firent les fondations des trois maisons. Bientôt, les murs de terre commencèrent à s’élever.

Les gens de Fontenit le Conte venaient se promener sur le chantier et faisaient beaucoup de commentaires : " Des maisons en terre, à la première pluie elles vont s’écrouler ! ", " De la terre, ça ne fera pas des maisons solides ! ".

Li, Chen et Tao, continuaient tranquillement leur chantier. Pierre Poul vint les voir en éternuant : " Aaaatchoum ! Vous ne pouviez pas acheter chez moi les matériaux pour construire vos maisons ? Il ne ressemble à rien votre chantier ! Si mes clients savent que vous travaillez chez moi ils ne vont plus me faire confiance en voyant ça ! Atchoum ! ".

Chen vint vers lui et lui dit :  " Nous nous sommes documenté, nous savons ce que nous faisons, ce seront des maisons écologiques, faites avec des matériaux simples, qui ne polluent pas. Il y a beaucoup d’endroit dans le monde ou on construit comme ça. Ici, vos traditionnelles bourrines sont en terre ! ".

Pierre Poul furieux rétorqua : " Aaaaaaaatchoum ! Si elles étaient si bien nos bourrines… Aaatchoum ! Les gens d’ici continueraient à en construire ! Au lieu de ça, ils font des maisons en parpaings ! Si vous vous obstinez à continuer ce chantier je vous renvoie de chez moi ! Atchoum ! ". Il tourna les talons et rentra chez lui à grandes enjambées impatientes, en éternuant, pestant, rouspétant et tempêtant.Ensemble, les trois frères isolèrent les murs avec de la paille. Pierre Poul revint de nouveau éternuer, pester, rouspéter et tempêter. Rien n’y fit, Li, Chen et Tao s’entêtaient à continuer.

 

La menace était terrible et les trois frères étaient morts de frayeur. Chen réfléchit et dit : " Demain c’est le moment de poser la charpente, nous ne pouvons pas abandonner maintenant, nous avons avancé trop loin dans notre chantier pour arrêter maintenant, il faut continuer, tant pis pour les menaces de Pierre Poul.  ".

Ils continuèrent donc. Les charpentes furent façonnées et posées, sous la direction de Li. De belles tuiles furent posées dessus, qui protégeaient les murs de terre. Les trois maisons avaient fière allure. Pierre Poul revint les menacer en éternuant, pestant, rouspétant et tempêtant. Mais au fond, Pierre Poul savait que c’était de bons ouvriers qu’il ne retrouverait pas si facilement ailleurs…

 Tao commença les travaux d’électricité. Les habitants de Fontenit le Conte continuaient à venir inspecter le chantier en rigolant : " Ils ne vont pas s’éclairer à la bougie finalement ! ". Tao installa une éolienne qui jouait avec le vent et des panneaux solaires rutilants sous le soleil. Quelques jours plus tard, on vit de la lumière aux fenêtres de bois que Chen avait fabriquées et posées. Pierre Poul vint voir en éternuant, pestant et rouspétant.

En quelques mois, les maisons furent achevées, elles n’étaient pas si différentes des autres maisons du bourg. Pierre Poul, invité par les trois frères, vint visiter en éternuant et pestant. Il reconnut : "  Aaaatchoum ! Ces maisons sont belles et confortables. Atchoum ! ". Chacun à Fontenit le Conte, reconnaissait qu’il s’était moqué un peu vite des frères Cho-Chon. Monsieur Roussel songeait même à faire construire trois belles maisons en terre…cet homme était décidément obsédé par le chiffre trois !

Chen et Cendrine furent les premiers à emménager dans leur jolie maison. Li et Tao qui attendaient leur mariage, fignolaient leurs intérieurs.

Ce fut sous un beau soleil d’été que furent célébrés les mariages de Tao avec Garance et de Li avec Blandine. Les parents des trois garçons, Chen et Cendrine qui attendait un bébé étaient de la noce, ainsi que Pierre Poul qui ayant bien réfléchi devant ces trois belles maisons avait cessé de pester, rouspéter et tempêter, mais éternuait toujours. Il voulait proposer aux trois frères de s’associer avec lui pour construire de belles maisons en terre. " Aaaatchoum ! C’est vrai après tout, nos bourrines étaient en terre elles aussi, ils n’ont fait qu’améliorer les traditions, les frères Cho-Chon! Atchoum ! ".

C’est ainsi que quelques temps plus tard, sur le bâtiment de Pierre Poul, s’inscrivit :  " Cho-Chon & Poul, constructeurs écologiques ". Ils construisirent beaucoup de belles maisons en terre, en bois et en paille. Et avec le temps, Pierre Poul cessa d’éternuer.

  Isabelle

Les Bourrines représentent le passé du Marais Breton et de ses habitants. Elles étaient construites à partir de terre et de roseaux. L’intérieur y est simple, voire rustique, souvent constitué d’une pièce unique munie d’un four à pain. Le mobilier y est en bois.
Certaines bourrines sont ouvertes au public : Ecomusée du Daviaud (La Barre de Mont) ou Les Bourrines du Bois-Juquaud (Chemin du Bois-Juquaud - Saint-Hilaire-de-Riez)

http://fr.ekopedia.org/R%C3%A9nover_une_maison_en_terre
http://www.jedecouvrelafrance.com/f-4300.vendee-bourrine-bois-juquaud.html
http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/maison-terre-hakka-chine_491.html 

15.11.2007

Pierre Poul était grand, avec des grands yeux, des grandes oreilles et une grande bouche avec un sourire légèrement carnassier… Cette bouche s’ouvrait souvent sur de formidables éternuements, car Pierre Poul était perpétuellement enrhumé. Il souffrait d’allergies dues à la pollution de l’air. Ceci ne l’empêchait surtout pas de diriger son entreprise avec beaucoup d’autorité.

Dans le petit bourg de Fontenit le Conte, vivaient trois frères. Ils étaient venus avec leurs parents, de la lointaine Asie, fuyant un pays où la vie était trop difficile. Li, Chen, et Tao Cho-Chon étaient respectivement, charpentier, menuisier et électricien. Naturellement, comme beaucoup d’hommes du village, ils travaillaient chez Pierre Poul. C’était des ouvriers sérieux, qui donnaient entièrement satisfaction à leur patron.

 

 


Une petite histoire de petit chien

20 août 2007

Le malin p’tit chien

Dans ma maison, dans le jardin de ma maison, y’a un p’tit chien.
Un p’tit chien plein d’poil, qu’on sait même pas faire la différence entre le devant et le derrière !
C’est Aldo, c’est mon chien.

L’autre jour, Aldo se promenait dans la prairie derrière chez moi. Il reniflait à droite, il reniflait à gauche, comme font tous les chiens, quand il est tombé sur un gros, un très gros nonos. Quelle aubaine !
Il s’est couché au pied d’un gros chêne et il a commencé à ronger le gros nonos.

Seulement, dans la prairie, Aldo n’était pas tout seul : Attila le gros, l’énorme molosse du voisin était aussi en balade dans le coin.
Aldo qui surveillait ses arrières malgré son appétissante occupation, le vit arriver.
" Zut, pensa Aldo, ce gros lard va me fiche la pâtée et récupérer mon délicieux nonos. Pas question. "
- Hum, dit-il bien fort, comme c’est bon la viande de molosse ! Dommage, il ne me reste plus que cet os, le festin est fini ! "

Attila qui, malgré sa taille, n’était pas très courageux, et même plutôt poltron, pris peur et fila en douce en entendant la réflexion d’Aldo.

Dans le gros chêne, Sisto, chat errant et perfide, avait tout vu.
-  Bien joué Aldo ! Tu es malin ! minauda-t-il.
Descendant paresseusement de sa branche, il alla trouver Attila. Sisto n’allait pas rater l’occasion de provoquer une bagarre entre les deux toutous. Beau spectacle en perspective !
- Ce coquin d’Aldo t’a bien eu, il n’a pas mangé de molosse, il n’y a que toi dans le quartier comme chien de cette taille. Il a juste trouvé cet os par hasard et ne voulait pas que tu le lui voles. Ah ! Il t’a bien ridiculisé ! Ah, ah, ah ! 
Attila, furieux d’avoir été berné aussi bêtement par Aldo qui ne faisait pas le dixième de son poids, fit demi-tour. Il fonçait sur Aldo quand celui-ci le voyant arriver :
-  Ah, s’écria-t-il, le chat à bien fait son boulot ! Il a réussi à décider le gros lard à revenir. Grâce à lui je vais pouvoir manger un deuxième molosse, j’ai un appétit d’enfer aujourd’hui !
En entendant ces mots, Attila stoppa net ! Terrorisé et tremblant, il s’enfuit se réfugier dans sa niche.
Aldo est resté tranquillement ronger son nonos sous son gros chêne. Et quand il est rentré à la maison il était particulièrement content de me raconter son aventure.

Moralité :
Il ne suffit pas d’être grand et fort, il faut savoir être malin, comme Aldo !

Isabelle

 


La Plage 

3 juillet 2007

Voilà, il l’a, sa plage, le farfadet, que d’histoires juste pour un peu de sable dans la vitrine de la bibliothèque !

Et même en plus quelques poèmes pour chanter la pluie
et le soleil de notre bel été qui va bien finir par arriver


Du grabuge ? 

15 juin 2007

Mais que s’est-il donc passé dans la vitrine de la Bibliothèque durant le week-end ? La belle pile de livres élaborée par Isabelle est toute sens dessus-dessous, le tissu bleu/blanc a disparu, le farfadet se cache… Seul le nain érudit n’a pas bronché et continue de lire imperturbablement son bouquin. Peut-être ont-ils voulu nous faire savoir qu’il est temps d’aller faire un tour à la plage, lorsque  le beau soleil de juin nous réchauffe…

 

 


L’histoire lue par Isabelle le 1er Juin 2007 

3 juin 2007
Zéphir l’esclave

 Cette histoire se passe il y a très longtemps : deux cents ans, dans un pays très lointain : l’île de la Réunion. A cette époque il y avait beaucoup d’esclaves sur l’île. Ces hommes, ces femmes et ces enfants étaient achetés comme des objets. Ils appartenaient à un maître qui les faisait travailler dur sans les payer.

 1. L’Oncle Oscar
Je me réveille. Il fait nuit noire. Par la fenêtre, je vois les étoiles. Quand je les regarde, il me semble qu’elles m’appellent par mon nom : « Zéphir… Zéphir… » Et alors j’oublie que je suis esclave.
J’ai envie de suivre les étoiles, de partir loin des plantations de café, loin des sacs qui pèsent sur mes épaules, loin du fouet du maître. Cette nuit, il fait moins chaud, je respire mieux. Je me retourne sur ma paillasse. Mais tout à coup, je me redresse, quelque chose ne va pas. Mais quoi ? Je reste assis, l’oreille tendue. Soudain, je comprends : je n’entends rien, rien sauf le chant des grillons et ma respiration. Il manque le souffle de mon père. Où est-il ?
Je me glisse dehors. Là, un murmure me parvient : mon père parle avec quelqu’un. Je connais cette voix. Je ferme les yeux pour mieux écouter. Et puis son nom surgit de ma mémoire : Oscar ! C’est mon oncle, le frère de mon père.

J’avais 5 ans quand mon oncle s’est enfui. Il était esclave, lui aussi. Une nuit, il a disparu. Le maître a envoyé des chasseurs d’hommes à sa poursuite, mais ils ne l’ont jamais rattrapé. La montagne l’a protégé ! au bout d’une semaine, les hommes ont abandonné les recherches. Le maître a soupiré :
- Et un « marron » de plus ! ça va finir par faire tout un village !
Les marrons, c’est comme ça que le maître appelle les esclaves qui s’enfuient. Moi, je rêve de les rejoindre, de vivre libre avec eux deans la montagne. Souvent, mon père regarde au loin et il promet :
- Un jour, je partirai.
Accroupi derrière la case, j’écoute la voix de l’oncle Oscar. Des bouts de phrases me parviennent : « Cette nuit… très difficile… dangereux… ».
Aussitôt je comprends : ça y est, nous aussi, nous allons nous enfuir ! Mon cœur bat à toute allure.
……………………

Vous trouverez la suite dans « mes premiers J’aime lire » n° 45, mai 2006, disponible à la Bibliothèque - Ecrit par Juliette Mellon, illustré par Boiry.


Histoires en vrac… 

10 mai 2007

Tout bientôt, on vous racontera l’histoire du crapaud africain, racontée cette semaine par Isabelle. C’est que ça voyage, ces petites bêtes ! 

Bonne lecture ! 
A vous de continuer les histoires en les écrivant sur le Forum. AB

ERREUR ! Les conteurs font n’importe quoi,il n’est pas africain ce crapaud, mais plutôt grec ! (NDLR)

Hélène et Ménélas 

     Hélène, comme toute les princesses, est très belle et très intelligente. Le roi Tindare et la reine Léda, ses parents, veulent la marier. Alors ils envoient des messagers annoncer partout que celui qui saura plaire à la Princesse Hélène aura le bonheur de l’épouser.
Hélène veut un mari beau, intelligent et savant. Aussi, à chaque prétendant qui se présente, elle pose beaucoup de questions,  pour évaluer ses connaissances…
     Passent, passent les jours, aucun n’a su plaire à la belle…

     Un beau matin, un splendide équipage se présente au château.
     Un page superbement vêtu demande audience. Le roi le reçoit, assit sur son magnifique trône doré. Le page porte un panier avec, sur un coussin de velours bleu, un crapaud horrible et pustuleux.
«  Mon maître, le Prince Mélénas souhaite offrir cet animal à la Princesse Hélène. »
     Le roi, voyant la laideur du crapaud, pousse des hauts cris : jamais la princesse n’acceptera pareil présent.
« Ce crapaud est magique, il connaît et raconte toutes les histoires du monde majesté, et comme le Prince Mélénas connaît la grande curiosité de la Princesse Hélène, il a pensé  que ce cadeau lui serait agréable. »
     Le roi ne veut pas mécontenter le prince Mélénas et accepte le présent pour  sa fille.

     En voyant la bête, Hélène la trouve si laide que dégoûtée, elle ne peut croire que ce crapaud raconte des histoires. Elle demande à sa servante de l’éloigner.
     Le crapaud se retrouve donc aux cuisines.

     Quelques jours plus tard, la princesse se promène dans les jardins du château. Il fait chaud et la princesse à soif. Elle passe par la cuisine pour boire et voit toutes les cuisinières  regroupées autour de la table.
     Une voix raconte une histoire, l’histoire d’un prince charmant  à qui on avait enlevé la princesse qu’il aimait. Capturée par un rival jaloux du prince, elle était enfermée dans un château, au milieu d’une ville fortifiée. 
      Ayant su où elle était enfermée, le prince avait fait encercler la ville. Mais le rival jaloux ne voulait pas libérer la princesse. Le prince, rusé, a construit un immense cheval de bois, plus haut que les murailles de la ville, l’a rempli de ses soldats et amené aux portes de la ville. Les habitants, voyant ce magnifique cheval, s’en sont emparé, et l’ont rentré dans la citadelle.
     A la nuit tombée, les soldats sont sortis du cheval, ont envahi la cité et pris le château. Ainsi le prince a pu délivrer son aimée.

     Curieuse, Hélène s’approche et voit le crapaud, installé dans son panier, qui raconte l’histoire.
     Et elle tombe sous le charme de cette voix chaude et mélodieuse. Elle s’empare du panier, l’emporte dans les appartements royaux. Là, elle supplie le crapaud de lui raconter une autre histoire.
« Une princesse était si belle et si intelligente que lorsque vint pour elle le temps de se marier, elle exigea un bel époux  d’une grande culture, qui connaisse toutes les choses du monde. Malheureusement, elle ne trouva personne qui puisse lui convenir. Un prince très savant avait entendu parler de cette belle et intelligente princesse.
L’ayant aperçue il en était tombé fou amoureux mais il avait peur de ne pas être à la hauteur de ses exigences. Il y a tant de choses que l’on ignore dans ce monde. Ce prince était doué de magie, il prit l’apparence d’un crapaud et se fit conduire par un page au palais de la princesse. La magie lui avait aussi accordé le don de raconter les histoires.
Mais il était si laid que la princesse n’en voulut pas.
Le crapaud, relégué aux cuisines, commença à charmer les servantes avec ses histoires. Elles étaient si heureuses d’entendre ces contes merveilleux qu’elles prirent grand soin de lui.
Puis un jour, la princesse qui passait par là l’entendit raconter et tomba sous le charme de sa voix…
».

     La belle Hélène comprend que le crapaud lui raconte sa propre histoire.
« J’ai compris, tu peux reprendre ton apparence humaine, je suis sûre que tu seras pour moi l’époux dont j’ai toujours rêvé. »
« Toute magie se paye, pour que je redevienne le prince Mélénas, il faut que celle que j’aime me fasse un baiser, sinon je serai condamné à rester crapaud toute ma vie. Mais mon amour est si grand que je suis prêt à prendre le risque…je te préviens aussi que mon apparence humaine ne sera peut-être pas celle que tu espères. »
     Hélène est toujours dégoûtée par l’aspect du crapaud, seule sa voix exerce un charme sur elle. 
     En pleurant elle repousse le malheureux crapaud qui se réfugie dans un coin. Puis elle pense à ce sort affreux, à  ce prince qui par amour pour elle a pris l’apparence d’un crapaud pour mieux la charmer avec ses contes. Elle surmonte son dégoût, prend le crapaud dans ses mains et dépose un baiser   sur son front.
     Dans un grand éclair blanc, le crapaud disparaît et laisse la place à un prince magnifiquement vêtu, son visage doux est éclairé par des yeux d’un bleu plus pur que le saphir. Il s’avance vers la belle Hélène, il boîte, il a une jambe plus courte que l’autre. Mais Hélène qui a surmonté l’épreuve du baiser au crapaud se précipite dans ses bras, ne voyant que le charme de Mélénas.

     Ensemble ils ont eu trois enfants, Ulysse, qui est devenu  un grand voyageur,  Pénélope qui est très douée pour la tapisserie…et le petit Omer qui comme son père est beau parleur et très doué pour raconter les histoires.

Voili, voilà, voici que mon conte fini là !
                                                                                               Isabelle

( Les noms des personnages doivent rester orthographiés ainsi : Tindare et Omer)


Crapaud ? 

20 avril 2007

Isa, c’est toi ?

Il faut que je vous raconte.

Il y a quelques jours, nous avons effectué un remaniement très important des bouquins de la bibliothèque. (voir à ce propos la rubrique vie de ABC).

Prises par le temps, nous avions laissé au bas de l’escalier plusieurs piles de livres en attente.

Qu’elle n’a pas été ma surprise, l’autre matin, en remuant les livres pour les mettre en cartons, de découvrir…
non, pas un farfadet,
non, pas un chat,
non, pas un pigeon,
mais un crapaud,
un mignon petit crapaud, tout apeuré qu’on l’ait délogé de sa cachette.

Et moi de m’écrier : Mais que fais-tu là, Isa ?
Le crapaud n’a pas répondu. Ouf ! J’ai eu peur que les sorcières, par je ne sais quelle vengeance, n’aient transformé notre gentille Isa ! Nous aurions été bien, tiens, avec un batracien pour recevoir les enfants et leur lire des histoires : "Côa ! Côa ! Côa !"

Alors si ce n’est pas Isa, QUI est cette bestiole ?

20.04.07 


Le chat d’Isabeau (bis) 

24 février 2007

Alors ? alors ? il l’a écrite, sa lettre, le matou ? Et sa belle, elle lui a répondu ? quel suspens !


Le chat d’Isabeau 

12 février 2007

 Vous avez du mal à en croire vos yeux ? et pourtant … le chat a bien lui aussi attrapé le virus de l’écriture, mais c’est un peu de ma faute, et voilà pourquoi …

J’ai bien remarqué depuis quelques temps que le minet regarde la petite chatte d’à côté avec des yeux énamourés. Mais celle-ci, chatte angora avec un nom long comme un dimanche sans soleil, un pedigree à faire pâlir la noblesse de France et de Navarre, et tout et tout, l’ignore royalement et minaude avec la chatte siamoise d’en face : « Pensez-vous ! Un vulgaire chat de gouttière dont la mère ne connaît peut-être même pas le nom du géniteur, un quelconque roturier sans armoiries …. et ce vocabulaire ma chère …. cette élocution …. d’un commun !!! »

Depuis qu’il a surpris cette conversation, notre amoureux éconduit s’entraîne tous les soirs avec ses copains à des cours de diction, quelle cacophonie !!!

Exaspérée par ces vocalises discordantes, j’ai fait une suggestion au matou : puisque sa belle n’est pas sensible à ses sérénades (comme je la comprends !)
il serait peut-être préférable, quitte à se torturer le  cervelet pour trouver des tournures alambiquées, de les immortaliser sur le papier plutôt que de lui miauler des aubades. La coquette sera sûrement flattée et se laissera peut-être attendrir par un joli poème.

Voulant à tout prix séduire l’élue de son cœur, le Don Juan ne décolle plus ses moustaches du dictionnaire pour trouver des rimes et corriger son orthographe quelque peu fantaisiste.

Je pense que nous allons être submergées de poèmes et de lettres d’amour car si même les farfadets et les chats s’y mettent, il va y avoir de la concurrence.

                                                              Isabeau 
(il paraît, comme nous sommes plusieurs à écrire, qu’il est judicieux de signer sa prose, comme il y a déjà une Isabelle j’aurais pu choisir Isabelle II mais ça fait un peu reine d’Espagne, ceci dit Isabeau fut reine de France … alors ?)


Jaloux le lutin ? 

9 février 2007

Depuis quelques années nous subissons la présence d’un lutin à la maison. Vous savez ce petit personnage facétieux qui déplace vos chaussons que vous rangez TOUJOURS dans le placard et que vous retrouvez inexplicablement  glissés sous le canapé ……

 ….. Ou bien qui dérobe régulièrement une chaussette dans le panier à linge sale et vous apercevez du larcin une fois le repassage terminé et qu’il reste une ou deux chaussettes dépareillées au fond de la corbeille.
               
Ce petit bonhomme m’a glissé à l’oreille dimanche soir alors que je m’endormais qu’il connaissait très bien le farfadet de la bibliothèque (forcément il se déplace beaucoup pour perpétrer ses mauvais coups …) et que ce n’était sûrement pas un amour complètement désintéressé qui motivait le petit génie : d’après cet esprit malin, le farfadet se pique de littérature à force de côtoyer tous ces livres et qu’il aurait décidé de faire reconnaître ses talents d’auteur en participant au concours de la lettre d’amour pour le printemps des poètes.

Mais …FLOP … il s’est vu confronté inexorablement à la page blanche ; c’est pourquoi il se démancherait le cou à longueur de journée pour apercevoir le joli minois d’une des beautés affichées sur la vitrine d’en face : comme tout GRAND artiste il a décidé qu’il avait besoin d’une muse pour trouver enfin l’inspiration … mais peut-on se fier aux élucubrations d’un lutin espiègle et ma foi peut-être un peu jaloux ……. ???

 


Le Farfadet amoureux 

5 février 2007

Le Farfadet écrit…

Le Farfadet se morfond, au milieu de ses cœurs et de ses poèmes qui tous parlent d’amour.
-  Je sais ! Eureka ! s’écrit-il soudain, je vais lui écrire une lettre d’amour moi aussi !
Bon. Je commence par : « Chère Obélisque ».
- Mais non ! s’exclament en chœur les sorcières, l’Obélisque c’est la grande pierre rapportée par Napoléon et qui est au centre de la place de la Concorde à Paris…
- Ah bon. Alors, « Chère Obélix »
- Mais non ! Obélix, c’est le gros d’Astérix
- Ah oui, c’est vrai. J’ai trouvé, je voulais dire : « Chère Odélisque… »
- Voilà autre chose !
- Tant pis, je trouvais que ça faisait joli. Bon, alors je ne mets rien. Laissez-moi tranquille. Je vais écrire tout seul, je n’ai pas besoin de furies qui m’empêchent de penser.
Il pose sa pile de livre, prend un crayon et une feuille qu’il a trouvé sous le bureau et écrit :
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Mais le voilà arrivé au bas de la page. Il la retourne pour écrire de l’autre côté son beau poème d’amour, mais comme il a pris une feuille de brouillon, l’autre côté est une page de statistiques avec des chiffres : nombre d’adhérents… nombre de livres empruntés… nombre, nombre… que de nombres. Hombre ! lui il ne veut pas des nombres ni des ombres, il veut des
je t’aime. Alors il retourne la page la tête en bas et il recommence :
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime…*

Finalement, ce n’est pas mal du tout. Il est tout content, le Farfadet.
Mais comment faire parvenir ce beau message à la belle, objet de ses ardeurs ?
Ma foi, le plus simple est de l’afficher sur la vitre, elle le verra. Espérons qu’elle n’est pas miro. Quelquefois, les jolies filles ne veulent pas porter de lunettes, mais elles ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.
Voilà, c’est fait. Allez admirer le résultat à la Bibliothèque, et dites-moi si elle peut l’apercevoir depuis l’autre côté de la rue.
- Vous me le direz, hein ?

* extrait de : "Rimes riches à l’infini" de A.B., 1964.


Et encore le Farfadet ! 

1 février 2007

Le farfadet amoureux

Je crois bien que mon farfadet, vous savez bien, le petit bonhomme avec sa pile de livres, qui campe dans la vitrine, je crois bien qu’il est amoureux.
Cette nuit, les décorations de noël ont été enlevées et ce matin j’ai retrouvé le farfadet trônant au coeur de poèmes d’amour et d’une pluie de petits cœurs rouges partout autour de lui.
Il avait l’air bizarre. Il soupirait. Je lui ai demandé si quelque chose n’allait pas, mais il n’a rien voulu me dire. Je lui ai demandé la raison de cette débauche de cœurs rouges et de poésies amoureuses. Il m’a répondu qu’il avait décoré la vitrine pour le « Printemps des Poètes ». Effectivement, cette année le thème est : le poème d’amour.
Je l’ai remercié pour cette gentille attention et puis j’ai commencé à préparer l’arrivée des classes de la matinée.
 Seulement, j’ai bien vu, il lançait sans arrêt des coups d’oeils vers la vitrine de   « Fanny Esthétic’ », de l’autre côté de la rue. Dans la vitrine de Fanny, il y a des photos de jolies femmes et je pense que mon farfadet a le béguin pour l’un de ces jolis minois ! Laquelle ? Je vais questionner le farfadet tout en douceur, mine de rien …
Si ça ne marche pas, j’irai demander aux deux sorcières là-haut : la nuit ils doivent bien discuter, tout les trois, et comme l’amour est source de poésie, il va bien en sortir quelque chose…
Je vous tiendrai au courant.
Affaire à suivre absolument !


Une nouvelle histoire d’Isabelle 

25 janvier 2007

Surtout n’ouvre pas la porte !

Anaëlle est malade. Sa maman doit aller à la pharmacie chercher les médicaments. C’est la première fois qu’Anaëlle va rester toute seule à la maison. Sa maman lui fait de nombreuses recommandations, ne pas répondre au téléphone, ne pas se servir de la cuisinière, n’appeler personne par la fenêtre… 
Et pour être sûre qu’Anaëlle a bien compris, sa maman lui relit « Le loup et les sept chevreaux », « cette triste histoire dans laquelle des chevreaux ouvrent la porte au loup et son font manger par lui ».
La maman d’Anaëlle part enfin à la pharmacie.
Anaëlle ne se sent pas si malade, et elle se lève pour jouer. Elle s’amuse à sauter sur les coussins, puis elle « emprunte » la robe noire de sa mère pour jouer à la star ! Soudain, au beau milieu de ses jeux, toc, toc, toc, Anaëlle entend frapper à la porte. Elle n’en croit pas ses oreilles ! Le loup ? Déjà ? !
Et le  loup va la supplier d’ouvrir la porte « Anaëlle, c’est Maman ! J’ai oublié mes clés, ouvre-moi, s’il te plait ! ».
Mais Anaëlle, bien mise en garde par sa maman, ne se laisse pas prendre au piège !
Et elle met un point d’honneur à combattre ce loup qui sait si bien imiter la voix de sa maman. Non seulement Anaëlle n’ouvre pas, mais elle va jusqu’à l’arroser avec son pistolet à eau, à travers le trou de la serrure.

Jusqu’à ce que Papa arrive et ouvre la porte. Ouf ! Sauvée !
Seulement, derrière Papa, il y a Maman, les yeux pleins de colère, et toute mouillée, qui s’effondre dans un fauteuil : « Plus jamais je n’oublierai mes clés ! ». Mais rassurez-vous, tout finit bien, un bisou a suffi à tout arranger !

Moralité : Bien chers enfants, ne prenez pas à la lettre toutes les histoires que vous racontent vos papa, maman, mamie, papy, et … les bibliothécaires !

 Claire Clément (Mes premiers J’Aime Lire)

Cette histoire a été lue à l’Heure du Conte du 12 janvier.
Vous pouvez emprunter la revue à la Bibliothèque


Fontaine nous a écrit : 

9 janvier 2007

Puisqu’on parle de pigeons : Lorsque j’habitais en ville, une vieille voisine avait la phobie des pigeons, ayant entendu les media dire qu’ils sont porteurs de maladies dangereuses pour l’homme.
Alors, chaque soir, elle sortait avec deux couvercles et jouait bruyamment et longuement des cymbales pour déloger les couples installés sous l’auvent de sa toiture.
Evidemment, dès qu’elle avait tourné les talons, les tourtereaux revenaient au nid.
C’était le concert du soir.

Thibaut nous a écrit :

"Un matin, je crois bien que c’était le matin de Noël, je me suis levé pour faire pipi, j’ai vu par la fenêtre des pigeons plein le ciel. C’était beau comme quand on a lâché les ballons dans le ciel au Téléthon. J’ai fait une photo. "

 


Ouille ouille ouille ! 

3 janvier 2007

Le Père Noël est reparti.

C’est normal, c’est dommage, mais Noël ne dure pas toute l’année. Il est reparti par la cheminée comme il était venu, mais en faisant bien attention de ne pas se retrouver coincé, cette fois.
Seulement, il était tellement emberlificoté dans sa houppelande qu’il n’a pas refermé la porte de l’insert.
Lorsque Isabelle (qui était en vacances) est passée en coup de vent, le matin du 25, pour chercher son écharpe oubliée, elle a été surprise d’entendre derrière les étagères des "rrrrouou rrrouou rrrrouou", et un vol d’ailes dans le fond de la pièce. Intriguée, elle s’est avancée, et une nuée de pigeons affolés s’est éparpillée sous le plafond. Elle aussi était affolée ! Elle avait bien remarqué ces derniers jours la colonie de pigeons bien alignés sur le faîtage, mais les retrouver DANS la bibliothèque !
Elle glissa sur les fientes, horrifiée cette fois par les dégâts, les livres déchiquetés et souillés, la moquette crasseuse, les étagères recouvertes de platras nauséabonds…
Elle comprit, lorsqu’elle aperçut la porte de l’insert ouverte, que les pigeons avaient saisi l’occasion pour venir crêcher au chaud.
Alors, elle se mit à hurler ! Ouvrant grand portes et fenêtres, elle se mit à chasser les volatiles à grands moulinets des bras, à grand renfort de cris et d’insultes (que je ne me permets pas de citer ici, c’est fou tout ce qu’on peut dire quand on est en colère !).

C’est alors qu’apparurent les deux sorcières, un peu hébétées, échevelées, les yeux encore bouffis de sommeil. Leur réveillon avec le Père Noël s’était continué dans la tradition avec les papillottes qu’Armande destinait aux enfants, et leur sommeil alourdi par un foie fatigué s’était prolongé fort tard. Rigolardes, elles contemplaient la scène, poussant des sifflements qui traumatisaient encore davantage les pauvres volatiles. Quel cirque !

Le farfadet, tout penaud et apeuré, avait sauté dans la corbeille à papier, sous le bureau, en attendant une accalmie. 

Heureusement, à cette heure matinale, et comme la boulangerie était fermée, personne ne circulait aux alentours, sinon, quel spectacle ! Les pigeons s’échappaient par les fenêtres en criaillant à pleine gorge, les insultes et les sifflements envahissaient la place de l’Eglise…

Enfin, peu à peu le calme revint, mais vous imaginez l’ire d’Isabelle contre ces *** de sorcières ! Toujours pouffant, elles convinrent que les dégâts étaient importants, mais pfuuuit ! avec quelques marmonnements cabalistiques, elles en feraient leur affaire. Qu’Isa parte tranquille, la Bibliothèque serait encore plus propre à la prochaine permanence qu’avant Noël.
Ruminant dans sa barbe, mais contrainte de leur faire confiance  Isabelle repartit, oubliant d’ailleurs son écharpe.


Alors, dans quel état était la bibliothèque à la permanence du mercredi 27 décembre ? Nous appelons à témoin pour savoir si tout était propre et en ordre.

Nous n’avons pas revu les deux sorcières depuis. Par contre, le farfadet a gentiment repris sa place dans la vitrine, comme si de rien n’était.
Au prochain Noël !

 

Et que cette année vous apporte beaucoup de bonheur, avec ou sans sorcières, avec ou sans pigeons, mais avec les livres pour compagnons.


25 décembre 

24 décembre 2006
Le Père Noël est passé !
Il a laissé plein de livres à la bibliothèque, mais quelle aventure pour ce pauvre homme !

Il a voulu passer par la cheminée bien sûr mais il ne savait pas qu’il y a un insert…..
Arrivé en bas, la vitre de l’insert était fermée et notre
Père Noël, avec son gros ventre et son gros sac, s’est retrouvé coincé. Il a frappé, il a crié,  bref, il a fait beaucoup de bruit.
Le farfadet est arrivé tout de suite, mais il est si petit qu’il n’a rien pu faire.
Les deux sorcières dormaient, là-haut dans la réserve. Elles se sont réveillées et comme toutes leur consoeurs, elles  sont curieuses. Elles sont descendues, toutes excitées. Vous pensez bien que quand elles ont aperçu le Père Noël coincé dans la cheminée, rouspétant le nez et la barbe collés à la vitre, elles ont bien ri !
Mais le jour de Noël, chacun se doit d’être agréable aux autres et même les sorcières respectent cela. Tout en se gondolant, (mais imaginez la scène, honnêtement je pense que vous aussi vous auriez bien rigolé) elles ont donc ouvert l’insert. Et elles se sont donné du mal, je vous assure, pour essayer de tirer ce pauvre Père Noël de là.

Mais d’abord, elles ont sorti le sac et ont déballé tous les livres contenus dans les paquets, elles les ont tranquillement feuilletés et ont commenté les histoires. Pendant ce temps le Père Noël, toujours piégé dans la cheminée, suppliait pour qu’elles le délivrent au plus vite. Mais il faut bien dire que l’épisode de la soupe leur était restée sur l’estomac, et elles se sont quand même un peu vengé en le faisant attendre un peu plus qu’il ne l’eût fallu.
Enfin, ayant fini l’inventaire des cadeaux, elles ont consenti à aider le pauvre homme à sortir de la cheminée. Il a fallu que le farfadet se faufile dans la cheminée et saute sur le ventre rebondi du Père Noël pour réussir à l’extirper. Après bien des efforts, en le tirant par les bras, et un peu par la barbe, enfin le voilà dehors.

Le farfadet a offert de secouer la houpelande pleine de suie du Père Noël. Notre homme s’est donc retrouvé en chemise et en caleçon (rouge à pois blancs) dans la réserve, où les sorcières ont improvisé avec les restes de boissons et de gâteaux de la remise des prix du concours de marque-pages, une collation bien méritée.
Tout en festoyant, nos quatre compères et commères ont fait un peu mieux connaissance et les sorcières ont reconnu qu’il valait mieux avoir  raté leur ignoble soupe sinon elles n’auraient pas eu l’occasion de se faire un ami, et quel ami !

Pour l’année prochaine, je laisserai l’insert ouvert la nuit de Noël. Mais je crois quand même qu’il faudrait que le Père Noël fasse un régime !
J’y pense : heureusement qu’elle n’était pas allumée la cheminée sinon…

Vous vous demandez comment je sais tout cela ?
C’est un petit crapaud  qui dormait dans les massifs, devant la vitrine de la bibliothèque, qui a été réveillé par toute cette agitation, et il a tout vu. Il a sautillé jusque chez moi, pour tout me raconter ! Mais j’ai dû vous traduire l’histoire, car il ne parle que la langue elfique.
Quel boulot !
Il m’a même dit que j’aurai un sacré bazar à ramasser dans la réserve, ces chipies de sorcières n’ont rien rangé, bien sûr.

Allez, je vous laisse, le Père Noël est aussi passé chez moi et il y a plein de paquets sous le sapin.

Joyeux Noël !

___________________________________

A propos des sorcières… (Foraisine)

Meilleurs encouragements pour cette animation…mais moi, je sais que les sorcières ne sont pas restées dans leur carton d’emballage, j’en veux pour preuve, elles sont venues chez moi pour nous enjominer tous et depuis ce sont des catastrophes. J’ignore qui les a libérées, mais ce quelqu’un (les pigeons, le farfadet … personne ne se dénoncera bien sûr) aurait pu l’éviter, Halloween était une affaire close quand même !!! Il va falloir les éradiquer à tout prix… D’abord, ce sont des squatteuses qui, sans vergogne, s’installent où elles l’entendent ; ce ne sont quand même pas ces vilaines dames qui font la loi… A bon entendeur, salut !


Père Noël à la Bibliothèque 

17 décembre 2006
Ça y est ! Le Père Noël est arrivé à la Bibliothèque !

Mais il a eu du mal le pauvre !

 C’est que mes deux sorcières se sont acoquinées avec quelques autres faiseuses de bouillons indigestes.
Elles avaient imaginé de réaliser une recette de soupe pour devenir jeunes et belles.
Et l’ingrédient principal de la soupe était devinez quoi ? Ou plutôt 

qui ?
Mais si ! elles avaient manigancé de mettre le Père Noël dans la soupe ! (Il en est vert de peur).

Le Père Noël est un brave type, mais là, il s’est fâché tout ROUGE !
Mes deux vilaines sorcières n’ont pas pu éviter l’exil dans la réserve des livres, enfermées dans un carton. Et le Père Noël qui voyage beaucoup, a appris, d’un sage magicien, dans un lointain pays, une formule qui neutralise les sorcières. Du coup elles ont perdu tous leurs pouvoirs. Et me voilà tranquille, elles ne pourront plus me menacer d’être transformée en crapaud. Merci Père Noël !
Quand au farfadet il a trouvé un compromis avec le Père Noël qui l’a enrôlé dans son équipe de lutins. Mais oui, les farfadets et les lutins sont cousins, vous ne le saviez pas ? Le voilà bien occupé et il ne fait plus de bétises à la bibliothèque. Quelle paix !

Je vais enfin pouvoir travailler tranquille, avec le Père Noël qui me tiendra compagnie jusqu’en janvier. Il est très content d’être à Commequiers dans une vitrine avec de si belles illuminations dans les rues.

PS : Si vous voulez en savoir plus sur « La soupe de Père Noël », venez emprunter le livre à la bibliothèque. Ce conte et quelques autres a été raconté aux enfants lors de l’Heure du Conte du 1er décembre.


La Belle et le Crapaud (la suite) 

16 décembre 2006

Un invité surprise

Vous vous souvenez de mes squatters dans la vitrine de la bibliothèque ? Les deux sorcières et le farfadet.
Eh bien ils sont toujours là, bien sages en apparence. Mais vous n’imaginez pas le bazar qu’ils font la nuit venue. Parfois je cherche  partout mes affaires, ils jouent avec et ne remettent rien en place ! Mais je ne dis rien bien sûr, j’ai bien trop peur d’être changée en crapaud !

Mais je crois que je vais bien les avoir !

Le Père Noël veut faire une étape à Commequiers, et il a décidé de séjourner à la bibliothèque.
Il m’a envoyé une gentille lettre en me demandant si c’était possible. Je lui ai répondu que avec mes locataires ce ne serait pas facile. Il m’a envoyé un courriel ( mais oui, le Père Noël a Internet) pour me dire qu’il trouverait bien un moyen de s’entendre avec les sorcières et le farfadet. Il pense les amadouer avec quelques cadeaux.
Je ne sais vraiment pas quoi en penser…et si finalement ils arrivaient à transformer le Père Noël en crapaud ? Un crapaud rouge à barbe blanche, vous imaginez ?
Le Père Noël compte s’installer à la bibliothèque cette semaine. J’ai peur que ça fasse un beau raffut, mais mon nouveau locataire, avec sa sagesse légendaire, saura peut-être remettre la paix dans la vitrine.
Je vous tiendrai au courant et je vous raconterai l’installation du Père Noël.

 


Une histoire d’Isabelle 

11 octobre 2006

La Belle et le Crapaud

Vous savez ce que c’est qu’un squatter ?
C’est quelqu’un qui occupe un logement sans permission du propriétaire.

Hé bien moi j’ai trois squatters à la Bibliothèque !

Vendredi matin, j’ai trouvé deux sorcières et un farfadet, occupé à s’installer dans la vitrine.
Ils ont viré la pile de livre qui s’y trouvait, apporté deux citrouilles qu’ils ont installées ainsi que diverses choses.
Dès le matin, leur épouvantable raffut m’a donné une migraine d’enfer !
J’ai bien essayé de protester, mais les deux sorcières ont menacé de me transformer en crapaud. Là je n’ai plus rien dit. J’ai même dû leur donner un coup de main car j’ai eu droit à diverses autres menaces.
Le farfadet m’a expliqué qu’ils cherchaient un abri pour passer l’hiver au chaud. Ils s’engageaient tous les trois à décorer la vitrine en échange du logement.
 Comme je ne tenais pas à passer le restant de mes jours transformée en crapaud, à sauter dans la boue (je déteste la boue beurk !), j’ai accepté le marché.
 Dominique qui passait par là, pour s’occuper des espaces vert autour de la bibliothèque a été lui aussi, sous la menace d’être changé en batracien, obligé de leur fournir divers feuillages et branchages pour terminer leur nid hivernal.
Voilà pourquoi, quand vous viendrez à la bibliothèque, prenez garde à ne pas déranger nos trois locataires, sinon….
Je me demande ce qui se passera, en décembre quand le Père Noël voudra installer son sapin ?
Je vous tiendrai au courant.

 

 

 

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